Le football me manque un peu. Il ne vous manque pas, à vous? Comment ça, ça existe toujours? Ah bon? Comment ça on n'arrête pas d'en entendre parler? Comment ça je devrais lire l'Equipe?! Mais je
lis l'Equipe! On n'y parle pas de football! On ne joue plus au football! Le football n'existe plus!
C'était un beau sport, tout plein de talent et de coeur! C'était des joueurs passionnés, c'était un sport populaire. Bien sûr, c'est toujours plus populaire que la F1: tu peux prendre un ballon et aller jouer avec quelques potes sur le terrain vague du coin... Mais on fait tout pour que tu y joues avec ton maillot à 75 sur le dos et tes pompes adidas. Et le ballon, il faut que ce soit le Special Champions League, sinon rien! Vous vous souvenez la super pub Adidas, dans laqelle Davids nous fait un geste technique de malade? Le but c'est d'aller chercher un ballon dans une forteresse. Pourquoi? demande l'un des joueurs en mission, ce n'est qu'un ballon! Non, répond Figo, ou Thuram ou je ne sais quel milliardaire, "It's rounder"... La pub Ariel a fait son chemin: ils ont inventé le ballon plus rond que rond! Le football, aujourd'hui, c'est ça. Desailly au téléphone pour SFR, Zidane jambe gauche, jambe droite, toujours... et une gorgée de Volvic, Thuram et une quelconque marque de bagnole, Thuram qui a dû se faire des couilles en or en vendant son but sauveur contre la Croatie de Davor Suker en 98! Ca a même commencé avec ce cher Canto, vous vous rappelez cette pub d'une demi heure où notre artiste peintre (prononcer pénn-tre) filmait des mouettes avec un super caméscope? ou avec notre bouc émissaire de 94 (vous vous souvenez, non? la Bulgarie, Gérard Houiller, les premiers pas de Zidane qui avait encore des cheveux et quelque chose à prouver et de l'argent à gagner), qui n'avait même plus le droit d'avoir la tignasse crade à la fin d'un match, juste parce qu'il le valait bien!
Là tu prends le match en cours et tu demandes "Qui c'est qui gagne?" Et là TF1, Canal+, Sony, Adidas, Kappa, Euro-card Master-card, Coca-Cola et consors répondent tous en coeur: "c'est nouuuuuuuuuus!!!" Le football aujourd'hui, c'est 600 millions d'Euros de droits, des transferts dont le prix pourrait nourrir pendant un an l'Afrique entière, des footballeurs milliardaires qui continuent avec la pub de se faire du blé sur le dos des pauvres gens qui achètent du rêve, et qui achètent 100 la place pour un match pour lequel ils se serreront la ceinture pendant trois mois... Et dire qu'il y a ne serait-ce que 15 ans, on pouvait aller voir Auxerre en coupe d'Europe pour 20 balles la place ! (oui, c'était à l'époque des balles)
Aujourd'hui, le fan de foot a le droit de payer son entrée, son maillot collector et son hot-dog à la mi-temps, tout ceci pour la modique somme de je-veux-même-pas-compter. Pour le reste, il se tait, il reste assis, parce que debout, les annonceurs n'aiment pas! Et surtout pas de fumigènes, surtout pas de serpentins, surtout pas de pouêt-pouêt!!! Manquerait plus que le football devienne une fête! Vous me direz Furiani, le stade qui s'écroule, Heysel, les supporters qui se tapent la gueule (29 Mai 1985, 39 morts), Hillsborough (15 Avril 1989, 96 morts), Ellis Park et des enfants piétinés parmi ses 43 morts... Oui je sais tout ça! C'est pas de ma faute si les gens sont cons! Mais je ne crois sincèrement pas que le football rende con. Je crois surtout que nos chers capitalistes, pour qui tous les moyens sont bons pour se faire du fric, exacerbent les rivalités pour faire un maximum d'entrées, pour que l'on consomme notamment les produits à l'effigie de nos équipes favorites (voir pour cela l'ouvrage de Daniel Riolo, Jean-François Pérès et David Aiello,
OM PSG, PSG OM, les meilleurs ennemis)... Et puis entre piétiner des enfants et rester assis sans bouger, sans l'ouvrir comme à Roland Garros, il y a un juste milieu, non?
Les seules équipes que j'ai envie de soutenir aujourd'hui, les seuls clubs qui en vaillent la peine, ce sont les petits clubs (l'US Pont L'Evèque Football, le CA Lisieux, et les milliers de petits clubs dont on ignore le nom et l'existence) qui payent leurs cartons jaunes et rouges à la ligue pour qu'elle puisse faire ses chouettes galas au champagne, mais qui évitent aux jeunes de traîner dans les rues, de se droguer avec autre chose qu'une bonne suée, de se défouler sur autre chose qu'un ballon. Parce qu'à l'origine, il me semble, le football, c'était jouer au ballon... C'était un jeu, un sport, une fête, un art! Le football moderne n'est plus qu'un vulgaire argument de vente. Et au coup de sifflet final, on ne fait pas le compte des buts. On fait les comptes.