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Lost in Asherette

Asherette publique

Jeudi 4 novembre 2004
Ces trois derniers mois j'ai rencontré une floppée d'Américains. J'ai particulièrement retenu une phrase d'Amanda, une New Yorkaise qui traînait au Requin Chagrin il y a une semaine: "I hate him, Bush, fuckin' killer!", avec dans la voix une terreur qu'elle n'a pas réussi à dissimuler. Terrifiée par ses compartiotes qui voteront républicain quoi qu'il arrive, ou par Bush lui-même? Cette terreur m'avait donné espoir de voir passer un démocrate, un petit Kerry, déjà moins extrême, peut-être. Mais non, pas cette fois encore. Bienvenue à tous dans la terreur, il y a moi, il y a vous je crois et puis une bonne partie du globe, tous et toutes terrifiés rien qu'à l'idée de ce 'four more years" scandé un peu partout par les cyniques.
Je n'ai pas envie d'être cynique. Je n'ai pas envie, plus envie que Bush soit drôle. Oublions ses gaffes style raffarinades de début de mandat, ne rions plus au clip de George Michael. Détruisons la marionnette des Guignols. Pendant quatre ans, au lieu de nous alarmer, nous nous sommes réfugiés derrière cette image du Bush simplet, disons-le, con comme ses pieds, l'amuseur publique des gens blasés... pendant qu'allègrement il mentait, détruisait, tuait et mettait une bonne partie de la terre à feu et à sang.

Bush est loin d'être con, au sens où il est un manipulateur de génie, la preuve étant sa réélection. Réélu par les Américains dont il envoit les enfants au front d'une guerre qui n'aurait jamais dû avoir lieu, réélu par les Américains qui manifestement (en majorité) ne refléchissent pas, ne cherchent pas à savoir, à comprendre, qui suivent aveuglément leur président-absolu-de-droit-divin.
Petit exemple: plus de 90% des Américains interrogés par une boîte de sondage pensaient qu'il y avait au moins un Irakien dans les avions du 11 Septembre. Question, donc, chers amis, il y en avait combien, des Irakiens, dans les avions? Exactement. Aucun. Et cet exemple n'est qu'une goutte d'eau dans la mer.

Un homme capable de faire avaler les pires conneries à tout un peuple (ou presque) n'est pas un imbécile. C'est un leader charismatique donc un homme dangereux... leader, en italien ça se dit duce, et en allemand, ca se dit... voilà. Sauf qu'aujourd'hui, le grand méchant leader a des super arguments pour se trouver des amis: du fric, un peuple de gros consommateurs, un joli tableau de chasse, et le fin du fin, une puissance de feu suffisante pour détruire dix fois la terre... j'espère qu'on n'en arrivera pas là... Remarquez, quatre ans... c'est un peu long, non? Quatre ans! Laissez-moi espérer que ça ne fait rire personne.
Par Aude Sécheret
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Lundi 8 novembre 2004
C'était au mois de Juin, je sirotais tranquillement un demi au River. A côté de moi, un homme d'une soixantaine d'années, grand-père un peu rock n'roll, avec un chapeau à la Indiana Jones. Il entame la conversation. Il a réuni toutes ses économies pour faire un long tour du monde (4mois de voyage). Il envoie régulièrement des cartes postales à ses petits enfants pour qu'ils puissent aller voir sur un globe où se trouve leur grand-père (que pour certaines commodités nous appelerons désormais John). John me raconte donc qu'il a fait l'Afrique, et qu'il s'y est fait plein d'amis rien qu'en disant qu'il voterait Kerry et qu'il détestait Bush...
Et puis John vient à me parler du racisme. C'est son voyage en Afrique, qui lui a ouvert les yeux sur le racisme, à John, comme s'il n'y avait que des Blancs aux Etats Unis. En réalité, me dit-il, il n'y a pas tant de différence que ça entre les différentes couleurs de peau... les Blancs ne sont pas tout à fait blancs, ils sont plutôt un petit peu roses, voire orange, et puis beaucoup brunissent au soleil, quant aux Noirs, ils ne sont pas vraiment noirs, ils seraient plutôt marron foncé. Et puis si on se coupe et que le sang coule, eh bien le sang est de la même couleur pour tout le monde.

Certes. Mais pour moi, John est toujours raciste. Il y a une différence. Nous n'avons pas tous la même couleur de peau, de même que nous n'avons pas tous les yeux ou les cheveux de la même couleur, de même que le monde est fait de petits et de grands, de velus et d'imberbes, d'hommes et de femmes. La différence physique est partout, et elle a bien raison.
Au lieu de l'accepter, de la reconnaître comme absolument normale et humaine et finalement banale, John essaye de se prouver à lui même qu'elle n'existe pas. Si on bidouille un peu le raisonnement de John, eh bien le racisme serait un sentiment légitime si par exemple les Noirs avaient la peau vraiment tres noire et si les Blancs ne brunissaient pas au soleil! Il y a quelques lignes, j'ai utilisé le mot "banal" pour qualifier la différence entre les couleurs de peau. C'est, je pense, la clé du problème de John: c'est quand on commence à en faire tout un plat, à tomber dans des raisonnements alambiqués comme le sien que tout fout le camp.

En Afrique, John a sympathisé avec des gens de couleur noire. Vulgarisons (ridiculisons?) un peu ce qui s'est passé dans la tête de John. John aurait pu se dire, par exemple: "Ah tiens, ils sont noirs et sympas et pas cons du tout... peut etre qu'en fait tout ça (l'intelligence, la gentillesse... bref les qualités humaines) n'a rien à voir avec la couleur de la peau, qui sait?". Mais non. Comme un con John s'est dit : "Ils sont sympas et intelligents (ou que sais-je!!!)... finalement ils ne sont pas si noirs que ça!"... Il est joli, son raisonnement, à John! Presque poétique, le coup des couleurs qui finalement ne sont pas si différentes... John voudrait vraiment ne plus être raciste. L'intention est là!
Mais John n'a rien compris.
Par Aude Sécheret
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Jeudi 11 novembre 2004
Je n'ai pas inventé l'histoire que je vais raconter. Je l'ai lue il y a fort longtemps dans Fluide Glacial. Mais pour mettre une BD en ligne... dur dur... Je vais tâcher de mettre par écrit les dessins de cette petite histoire avec le plus de fidélité possible, parce que je pense qu'elle mérite vraiment d'être lue. Le narrateur est une jeune homme beau, riche, d'une trentaine d'années.

"Raquel Matthews était actrice à Hollywood, la star du moment, le genre qui crève l'écran. Une beauté parfaite. Je l'ai rencontrée dans une de ces soirées mondaines (oeuvre de charité ou quelque chose du genre) où le champagne coule à flots. A l'époque, j'étais PDG d'une multinationale dont je tairai le nom. J'avais également la chance d'être assez bel homme. Avec Raquel, tout est allé très vite. Je l'ai séduite avec une facilité déconcertante. Nous avons discuté et ri ensemble toute la soirée, puis tout naturellement elle m'a accompagné jusqu'à ma suite. En quelques heures, la femme la plus désirée du monde était dans mes bras. Nous étions sur mon lit, déjà à moitié dénudés, lorsque je me mets à y penser. Mets-le! Mets-le! Mets-le! Je parvins à me convaincre moi-même, je sortis un préservatif de ma poche. Un peu gêné, je le montrai à Raquel, mais elle réagit très bien: "Tu as raison, me dit-elle avec son plus beau sourire". Et c'est là que les ennuis commencèrent. Nous avons tous vécu cela un jour ou l'autre: "Grrr! il glisse! Attends je le remets!... Heu je crois qu'on a perdu quelque chose, là! Oui je crois qu'il est coincé dans ton vagin (très glamour). Oh la la! C'est pas vrai il descend de nouveau! Bon j'en mets un autre! Et meeeeeeerde! Il a cassé ce con! C'est vraiment de la merde, ces trucs!" Et la nuit en perd tout de même en poésie! Finalement, l'alcool que nous avions ingurgité a eu raison de nous, et nous nous sommes endormis sans obtenir satisfaction.
Vous pensez peut-être que l'histoire s'arrête là, que nous nous sommes quittés bons amis, mais que plus jamais Raquel ne voudrait coucher de nouveau avec moi... Eh bien vous vous trompez. Le lendemain, nous nous sommes revus. Nous avons de nouveau passé la nuit ensemble. Nous avons fait l'amour du soir au matin, cette fois sans ce maudit préservatif, dans une entente parfaite. Ce fut la plus belle nuit de ma vie! C'est aussi la nuit où Raquel Matthews m'a refilé le sida."
Par Aude Sécheret
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Samedi 27 novembre 2004

Ca c'était pour récupérer les voix du FN. Il y avait un but, au moins. Une raison apparente. Et puis les chiraquiens, du coup, pouvaient presque utiliser cette raison apparente pour disculper notre cher Président: il ne le pensait pas vraiment, c'était purement stratégique. Et puis c'était il y a bien longtemps. Il y a prescription, hein, dites? On va arrêter d'embêter notre chichichéri avec cette erreur de jeunesse, ça commence à bien faire. Non mais! Bon.

Un certain dimanche 14 novembre, Sa Majesté Notre Président était en visite à Marseille, où il s'est retrouvé à la tenir le crachoir à quelques centaines d'étudiants. L'un d'entre eux lui demande ce qu'il pense du fait que trois milliards de terriens vivent (survivent, j'aurais dit... non?) avec 2 dollars par jour, soit moins que la somme quotidienne versée par l'Union Européenne à chacune de ses vaches. Alors là non, je dis stop! Pas touche à mes vaches! Il faut bien leur payer leurs farines animales, pour que comme nous les humains, elles mangent de la merde, pour que nous les humains qui les mangeons ensuite, continuions à choper la maladie de creutzfeld jacob, et pour qu'enfin José Bové ait toujours une raison d'exister. Et puis dans ces deux dollars, il faut compter les antidépresseurs, parce que les pauvres, la perspective de l'abattoir, ça les stresse un peu. Le lait d'une vache stressée est beaucoup moins bon, alors que le lait d'une vache stone dans les corn-flakes de vos enfants les rend heureux et peace pour la journée! Bref, c'est un "faux problème".
D'autant plus que les Africains, par exemple, (on prend les Africains parce qu'ils ont de très bonnes raisons d'être malheureux, j'imagine) sont très heureux, avec leurs deux dollars par jour! Regardez-moi, Jacques Chirac, quand je vais signer un contrat crapuleux en Afrique Noire, ou bien asseoir plus confortablement une dictature fascisante dans certains pays francophones (parce que la francophonie, c'est super important: hé! on est là! Eh! Nous aussi on a colonisé tout plein de pays ya longtemps! Et regardez comme on leur rend bien! Tous les deux ans on fête la francophonie! Et ça leur suffit, vous savez! Pas besoin de venir faire des études supérieures en France après... Vous savez y'a rien de tel que la démerde pour apprendre l'indépendance!) eh bien je parade toujours un peu, et là sur le chemin jusqu'à mon hotel grand luxe, je vois des jeunes qui on à peine un toit pour dormir. Mais pas besoin de toit, là bas! Il fait chaud! Et vous savez comment ils sont ces jeunes? je vous le donne dans le mille:
"Ils sont joyeux, parce que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont enthousiastes. Ils ont le sourire. Ils applaudissent. Ils sont contents. Ils voient qu'il y a un monsieur qui passe, cela leur permet d'être sur le bord de la route."
Ah oui! Nous Afwicains toujouw contents! Et nous souwiw pawc'ke ya bon Banania! Hi hi! Nous applaudir pawc'ke wythme dans la peau. Nous contents de voiw un méssié qui passe, comme ça nous su la woute, et c'est wigolo d'êtwe su la woute! Chirac en Afrique, c'est Tintin au Congo: du racisme larvé.
Quand les Africains voient dans le chef d'Etat d'un pays riche l'espoir d'un meilleur avenir politique, économique et social pour leur pays, l'espoir d'un accès aux soins médicaux et à l'éducation pour eux-mêmes et les leurs, ben oui, ils sont plutôt contents. Chirac, lui, voit dans ces Africains plein d'espoir (c'est tout ce qui leur reste, l'espoir) un peuple d'imbéciles heureux contents de voir un monsieur - un Monsieur!!! parce qu'un monsieur ne peut être que blanc, riche et en costard-cravatte? il n'y a pas de "monsieur" en Afrique? - parce que ça leur fait de l'animation! Pourtant, l'animation, là-bas, c'est pas ça qui manque... Vous comprenez, le bruit, les odeurs...

                         

Par Aude Sécheret
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Jeudi 23 décembre 2004
Le football me manque un peu. Il ne vous manque pas, à vous? Comment ça, ça existe toujours? Ah bon? Comment ça on n'arrête pas d'en entendre parler? Comment ça je devrais lire l'Equipe?! Mais je lis l'Equipe! On n'y parle pas de football! On ne joue plus au football! Le football n'existe plus!

C'était un beau sport, tout plein de talent et de coeur! C'était des joueurs passionnés, c'était un sport populaire. Bien sûr, c'est toujours plus populaire que la F1: tu peux prendre un ballon et aller jouer avec quelques potes sur le terrain vague du coin... Mais on fait tout pour que tu y joues avec ton maillot à 75 € sur le dos et tes pompes adidas. Et le ballon, il faut que ce soit le Special Champions League, sinon rien! Vous vous souvenez la super pub Adidas, dans laqelle Davids nous fait un geste technique de malade? Le but c'est d'aller chercher un ballon dans une forteresse. Pourquoi? demande l'un des joueurs en mission, ce n'est qu'un ballon! Non, répond Figo, ou Thuram ou je ne sais quel milliardaire, "It's rounder"... La pub Ariel a fait son chemin: ils ont inventé le ballon plus rond que rond! Le football, aujourd'hui, c'est ça. Desailly au téléphone pour SFR, Zidane jambe gauche, jambe droite, toujours... et une gorgée de Volvic, Thuram et une quelconque marque de bagnole, Thuram qui a dû se faire des couilles en or en vendant son but sauveur contre la Croatie de Davor Suker en 98! Ca a même commencé avec ce cher Canto, vous vous rappelez cette pub d'une demi heure où notre artiste peintre (prononcer pénn-tre) filmait des mouettes avec un super caméscope? ou avec notre bouc émissaire de 94 (vous vous souvenez, non? la Bulgarie, Gérard Houiller, les premiers pas de Zidane qui avait encore des cheveux et quelque chose à prouver et de l'argent à gagner), qui n'avait même plus le droit d'avoir la tignasse crade à la fin d'un match, juste parce qu'il le valait bien!

Là tu prends le match en cours et tu demandes "Qui c'est qui gagne?" Et là TF1, Canal+, Sony, Adidas, Kappa, Euro-card Master-card, Coca-Cola et consors répondent tous en coeur: "c'est nouuuuuuuuuus!!!" Le football aujourd'hui, c'est 600 millions d'Euros de droits, des transferts dont le prix pourrait nourrir pendant un an l'Afrique entière, des footballeurs milliardaires qui continuent avec la pub de se faire du blé sur le dos des pauvres gens qui achètent du rêve, et qui achètent 100 € la place pour un match pour lequel ils se serreront la ceinture pendant trois mois... Et dire qu'il y a ne serait-ce que 15 ans, on pouvait aller voir Auxerre en coupe d'Europe pour 20 balles la place ! (oui, c'était à l'époque des balles)

Aujourd'hui, le fan de foot a le droit de payer son entrée, son maillot collector et son hot-dog à la mi-temps, tout ceci pour la modique somme de je-veux-même-pas-compter. Pour le reste, il se tait, il reste assis, parce que debout, les annonceurs n'aiment pas! Et surtout pas de fumigènes, surtout pas de serpentins, surtout pas de pouêt-pouêt!!! Manquerait plus que le football devienne une fête! Vous me direz Furiani, le stade qui s'écroule, Heysel, les supporters qui se tapent la gueule (29 Mai 1985, 39 morts), Hillsborough (15 Avril 1989, 96 morts), Ellis Park et des enfants piétinés parmi ses 43 morts... Oui je sais tout ça! C'est pas de ma faute si les gens sont cons! Mais je ne crois sincèrement pas que le football rende con. Je crois surtout que nos chers capitalistes, pour qui tous les moyens sont bons pour se faire du fric, exacerbent les rivalités pour faire un maximum d'entrées, pour que l'on consomme notamment les produits à l'effigie de nos équipes favorites (voir pour cela l'ouvrage de Daniel Riolo, Jean-François Pérès et David Aiello, OM PSG, PSG OM, les meilleurs ennemis)... Et puis entre piétiner des enfants et rester assis sans bouger, sans l'ouvrir comme à Roland Garros, il y a un juste milieu, non?

Les seules équipes que j'ai envie de soutenir aujourd'hui, les seuls clubs qui en vaillent la peine, ce sont les petits clubs (l'US Pont L'Evèque Football, le CA Lisieux, et les milliers de petits clubs dont on ignore le nom et l'existence) qui payent leurs cartons jaunes et rouges à la ligue pour qu'elle puisse faire ses chouettes galas au champagne, mais qui évitent aux jeunes de traîner dans les rues, de se droguer avec autre chose qu'une bonne suée, de se défouler sur autre chose qu'un ballon. Parce qu'à l'origine, il me semble, le football, c'était jouer au ballon... C'était un jeu, un sport, une fête, un art! Le football moderne n'est plus qu'un vulgaire argument de vente. Et au coup de sifflet final, on ne fait pas le compte des buts. On fait les comptes.
Par Aude Sécheret (merci à Christophe Hernandez)
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