Samedi 8 janvier 2005
Oui bien sûr, David Bowie est un homme d'affaires qui s'accomode brillamment (honteux euphémisme) du système capitaliste. Oui bien sûr il est (aussi) là pour le fric, il pense aux études de sa fille, au niveau de vie qu'il veut continuer à tenir, à sa retraite pépère, peut-être. Oui encore il se nourrit de célébrité, de succès, de glam. Si l'on arrête la description ici, on n'imagine rien de moins qu'un vampire des temps modernes.
A la fois est-ce qu'un vieux vampire, beau, égoïste, narcissique et vénal serait encore médiatiquement et musicalement vivant s'il nous vendait de la soupe? Parce qu'il n'y a pas que les bébés du baby-boom qui écoutent sa musique! J'étais étonnée, aux deux derniers concerts que je suis allée voir, par le nombre de jeunes gens qui peuplait la salle. Donc il ne "tient" pas juste avec les fans de ses débuts, juste avec les nostalgiques.
Il continue de mettre les gens d'accord sur au moins un point, Lui-même (désolée pour la majuscule, qui va en faire hurler certains, ça me fait marrer de me faire passer pour une groupie!). Il continue d'incarner une certaine image du rock. Il continue, il continue, il continue... il continue d'avoir du talent peut-être aussi, non? Je ne tiens pas ici à revenir sur les miracles de ses débuts, j'en aurais vraiment trop à dire pour tout caser ici. Regardons juste les dix dernières années, Outside inclus. Sur cette dernière décennie, il nous a fait tout de même quelques petites perles. D'accord, ce n'est pas le même son, ni somme toute le même génie que dans les années soixante-dix. En fait ça ne le sera jamais. Et qu'on ne vienne pas me dire que Hours (le moins bon à mon sens parmi les cinq derniers) est le nouvel Hunky Dory (sic!) parce que ça peut me rendre très violente... vous allez pleurer, me provoquez pas! C'est vrai que Bowie était beaucoup plus créatif à l'époque où son nez était blanchi à la coke, mais il est quand-même créatif, et de toute façon excellent vu la bouillie que les média nous servent aujourd'hui (dites-vous bien que certains nostalgiques de Deep Purple se rabattent aujourd'hui sur du Evanescence, par exemple!!!). Et son talent ne se vérifie pas seulement dans ses albums récents. Il se vérifie et se confirme dans son jeu de scène. Parce que oui, il y a un jeu de scène. Bowie est une bête de scène, et c'est toujours d'actualité je vous jure, je l'ai vu! Il vit ses chansons, il est comédien, chanteur, mime (caricature de lui même) et il prend toujours le risque de ne pas jouer la version album, petits changements de rythme, demi-tons, embardées inattendues dans les aigus ou dans les graves, légères modifications des paroles, mais en disant la même chose que dans le texte d'origine, et puis participation du public, qui connaît par coeur Life On Mars?, bien sûr!
Maintenant, quelle image du rock Bowie incarne-t-il? (Cela revient peut-être quelque part à poser la question que Rock'n'Folk se pose depuis (pfiouuu) chaque année. La question existentielle du rockeur! Qu'est-ce qu'être rock en... tiens, 2005! Ca a changé! Bref!) Parce que le Rock, c'était la jeunesse, la rébellion constante contre le diktat des vieux. Donc oui la question se pose! Mais la réponse s'impose! (clap clap clap je me suis fait plaisir avec celle là!) Il incarne un peu tout à la fois: le souvenir de cette jeunesse créative, mais l'actualité de la création, la nécessité de la rébellion. Après avoir fait un pied de nez aux vieux dans les années soixante-dix, il fait un nouveau pied-de-nez à ceux qui prétendent faire de la musique (nu metal en premier lieu, qui est du même ordre que les merdes commerciales à la Britney), et finalement au monde de la musique tout entier : j'ai soixante balais et vous m'arrivez pas à la cheville, et si vous aviez vécu à mon époque, à la belle époque du Rock, on ne vous aurait même pas remarqué! Tous autant que vous êtes, les "grands d'aujourd'hui", les Radiohead, les Muse, les Placebo!!! Tous des nobodys!
Mais Bowie ne le dit pas, ne le pense même pas. Il a la décence de se taire. Mieux, il accepte l'actualité: le live avec les Foo-Fighters sur Hallo Spaceboy, le duo avec Placebo, la reprise de Cactus des Pixies... Il n'est pas dans sa tour de verre à regarder le monde de haut. Il est dans son studio d'enregistrement, toujours aussi perfectionniste. Il bosse, quoi... et puis il est sur scène. Sur scène. Et il chante, il danse, il se donne à fond, il fait un show. Un show de sons (balance excellente) et lumières (je pense à l'écran géant du Reality Tour)... Son et lumière... Don't you wonder sometimes 'bout Sound and Vision?
