Espace Temps

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Lost in Asherette

Asherette musique

Samedi 8 janvier 2005

Oui bien sûr, David Bowie est un homme d'affaires qui s'accomode brillamment (honteux euphémisme) du système capitaliste. Oui bien sûr il est (aussi) là pour le fric, il pense aux études de sa fille, au niveau de vie qu'il veut continuer à tenir, à sa retraite pépère, peut-être. Oui encore il se nourrit de célébrité, de succès, de glam. Si l'on arrête la description ici, on n'imagine rien de moins qu'un vampire des temps modernes.

A la fois est-ce qu'un vieux vampire, beau, égoïste, narcissique et vénal serait encore médiatiquement et musicalement vivant s'il nous vendait de la soupe? Parce qu'il n'y a pas que les bébés du baby-boom qui écoutent sa musique! J'étais étonnée, aux deux derniers concerts que je suis allée voir, par le nombre de jeunes gens qui peuplait la salle. Donc il ne "tient" pas juste avec les fans de ses débuts, juste avec les nostalgiques.

Il continue de mettre les gens d'accord sur au moins un point, Lui-même (désolée pour la majuscule, qui va en faire hurler certains, ça me fait marrer de me faire passer pour une groupie!). Il continue d'incarner une certaine image du rock. Il continue, il continue, il continue... il continue d'avoir du talent peut-être aussi, non? Je ne tiens pas ici à revenir sur les miracles de ses débuts, j'en aurais vraiment trop à dire pour tout caser ici. Regardons juste les dix dernières années, Outside inclus. Sur cette dernière décennie, il nous a fait tout de même quelques petites perles. D'accord, ce n'est pas le même son, ni somme toute le même génie que dans les années soixante-dix. En fait ça ne le sera jamais. Et qu'on ne vienne pas me dire que Hours (le moins bon à mon sens parmi les cinq derniers) est le nouvel Hunky Dory (sic!) parce que ça peut me rendre très violente... vous allez pleurer, me provoquez pas! C'est vrai que Bowie était beaucoup plus créatif à l'époque où son nez était blanchi à la coke, mais il est quand-même créatif, et de toute façon excellent vu la bouillie que les média nous servent aujourd'hui (dites-vous bien que certains nostalgiques de Deep Purple se rabattent aujourd'hui sur du Evanescence, par exemple!!!). Et son talent ne se vérifie pas seulement dans ses albums récents. Il se vérifie et se confirme dans son jeu de scène. Parce que oui, il y a un jeu de scène. Bowie est une bête de scène, et c'est toujours d'actualité je vous jure, je l'ai vu! Il vit ses chansons, il est comédien, chanteur, mime (caricature de lui même) et il prend toujours le risque de ne pas jouer la version album, petits changements de rythme, demi-tons, embardées inattendues dans les aigus ou dans les graves, légères modifications des paroles, mais en disant la même chose que dans le texte d'origine, et puis participation du public, qui connaît par coeur Life On Mars?, bien sûr!

Maintenant, quelle image du rock Bowie incarne-t-il? (Cela revient peut-être quelque part à poser la question que Rock'n'Folk se pose depuis (pfiouuu) chaque année. La question existentielle du rockeur! Qu'est-ce qu'être rock en... tiens, 2005! Ca a changé! Bref!) Parce que le Rock, c'était la jeunesse, la rébellion constante contre le diktat des vieux. Donc oui la question se pose! Mais la réponse s'impose! (clap clap clap je me suis fait plaisir avec celle là!) Il incarne un peu tout à la fois: le souvenir de cette jeunesse créative, mais l'actualité de la création, la nécessité de la rébellion. Après avoir fait un pied de nez aux vieux dans les années soixante-dix, il fait un nouveau pied-de-nez à ceux qui prétendent faire de la musique (nu metal en premier lieu, qui est du même ordre que les merdes commerciales à la Britney), et finalement au monde de la musique tout entier : j'ai soixante balais et vous m'arrivez pas à la cheville, et si vous aviez vécu à mon époque, à la belle époque du Rock, on ne vous aurait même pas remarqué! Tous autant que vous êtes, les "grands d'aujourd'hui", les Radiohead, les Muse, les Placebo!!! Tous des nobodys!

Mais Bowie ne le dit pas, ne le pense même pas. Il a la décence de se taire. Mieux, il accepte l'actualité: le live avec les Foo-Fighters sur Hallo Spaceboy, le duo avec Placebo, la reprise de Cactus des Pixies... Il n'est pas dans sa tour de verre à regarder le monde de haut. Il est dans son studio d'enregistrement, toujours aussi perfectionniste. Il bosse, quoi... et puis il est sur scène. Sur scène. Et il chante, il danse, il se donne à fond, il fait un show. Un show de sons (balance excellente) et lumières (je pense à l'écran géant du Reality Tour)... Son et lumière... Don't you wonder sometimes 'bout Sound and Vision?
Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Mardi 16 septembre 2008
Je suis en Bolivie. Il y a quelques jours, j'ai vu mes premiers flamants roses. Je sais bien que ça n'a rien à voir. Mais rien ne changera jamais. Le flamant rose restera à jamais dans mon esprit associé à la musique. Et je ne verrai jamais Pink Floyd en live. Et ils ne sortiront plus jamais un nouvel album.

Rick Wright, mon ami, l'enfant du jazz, l'exact, le discret, est parti comme ça, sans prevenir. Il n'est pas mort de la mort d'une rock star, il est parti par la petite porte, sans prévenir. Un minuscule article plus qu'approximatif sur le site de France Info donne quelques informations sur ce géant, sur ce génie discret. A croire qu'il vaut mieux chanter ou jouer de la soupe pour avoir le droit de mourir en grande pompe.

J'ai honte de pleurer la mort d'un seul homme alors que les paysans se font massacrer a quelques kilometres de la où je dormirai cette nuit, et cela en rajoute à mon chagrin: je pleure également sur moi-même et sur ma bassesse. Je pleure la mort d'un artiste, la mort d'un groupe, la mort d'une époque, et surtout je dois bien l'avouer, la mort de mes espoirs secrets. Mais s'il n'y a plus Pink Floyd, qui, dorénavant, me sauvera la vie? Qui me donnera envie d'écouter de la musique? La mort des Pink Floyd (et ça en fait déjà deux), c'est bien plus que la fin d'une époque, bien plus que la mort des plus grands musiciens de la seconde moitie du vingtieme siecle. C'est la mort d'un Art. Les seuls qui se risquent à imiter Pink Floyd se brûlent les ailes de ridicule. Tous les groupes depressifs à la con pour fils de bourges qui se croient suicidaires se réclament de Pink Floyd, mais n'ont rien compris à leur message.

Les Pink Floyds étaient des professionnels, au millimetre près sur scène comme en studio; mais ils se fichaient du professionnalisme, et ont lutté justement contre les règles préétablies, en règle générale. Les Pink Floyds ont écrit parmi les plus belles mélodies de leur époque, mais ce n'est qu'une toute petite facette de leur extrême talent. Les Pink Floyds ont écrit des textes somptueux, et d'une force à vous donner des frissons dans l'échine, mais tout cela serait insignifiant (par rapport à ce qu'ils ont été, mais déjà si grand par rapport aux restes) en dehors de leur tout. Leur tout, c'est la création simultanée et indissociable du fond et de la forme de leurs oeuvres, des textes et des accords. Et rien n'est laissé au hasard. Ce sont tous ces éléments réunis qui font des Pink Floyds Les Génies de la musique: leur personnalité. Personne depuis eux n'a jamais atteint ce degré d'inépendance. Les Pink Floyds sont uniques, totalement uniques. On avait déjà vanté, dans tous les canards d'actu rock, leur inclassabilité, mais enfin on aura léché les bottes deux numéros plus tard, d'un groupe de suiveurs merdiques comme radiohead qui ne mérite même pas de majuscule. Pink Floyd est à radiohead ce que le foie gras est au pâté en croûte leader price. La personnalité. Le message de Pink Floyd réside, bien plus que dans leurs mots ou dans leurs accords, dans leur unicité. Je ne peux m'empecher de songer à Gide, quand j'écoute Echoes. Pink Floyd a su suivre le conseil final des nourritures terrestres: "Nathanael, jette mon livre"!

"Ce qu'un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu'un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, - aussi bien écrit que toi, ne l'écris pas. Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens qui n'est nulle part ailleurs qu'en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah! le plus irremplaçable des êtres."

Oui, ça faisait plus de dix ans qu'ils n'avaient rien fait. Alors déjà en 1995 on aurait dû se demander ce qu'on allait devenir? Non. La fin de Pink Floyd a pris chair aujourd'hui, dans le dernier battement de coeur de Rick Wright. Je ne l'aurais pas aussi mal vécu si Waters avait passé l'arme à gauche. Pour moi c'était le con du groupe. Celui qui avait tout foutu en l'air, peu importent les splendides morceaux de basse qu'il a pu pondre. Waters, c'est le Mc Cartney des Floyds. Le fouteur de merde. Le mec qui a cru pouvoir exister en dehors du groupe mythique, et qui a voulu prouver que le groupe n'était rien sans lui. Peine perdue. Le groupe est moins bon sans lui. Vingt cinq pourcent. Mais il n'est certainement pas rien. Et le groupe serait vingt cinq pourcent moins bon sans Mason, vingt cinq pourcent moins bon sans Gilmour, vingt cinq pourcent moins bon sans Wright. Mais si l'un des quatre meurt, alors le groupe n'est pas vingt cinq pourcent moins bon. Le groupe n'est plus, un point c'est tout. Et ne sera plus jamais. Enlever Rick Wright à Pink Floyd, c'est priver Van Gogh de sa peinture jaune.

Rick Wright, la sensibilité faite homme, le génie à visage humain, a décidé qu'il en avait eu assez. Le gentil petit monsieur du coin de la scène, avec tous ses claviers, ses clochettes et ses boîtes à musique bizarres a plié proprement ses vêtements et s'est endormi pour la dernière fois. Rick, je pourrais te dire tout ce que toi et ton groupe avez chanté à Syd, tout au long de votre carrière. Notamment, wish you were here. Mais enfin il y a des choses que l'on ne décide pas. Comme vous qui tout le reste de votre carrière avez pleuré l'absence du leader, je pleurerai tout le reste de ma vie l'absence des seuls musiciens capables d'apaiser ma douleur, capables de me faire me sentir moins seule, tout à coup. Avec tous les musiciens de ta trempe qui étaient là haut bien avant toi, j'espère que tu pourras te faire, enfin, un "great gig" dans le ciel. Passe le bonjour à Mozart, je suis sûre que vous serez de très bons amis.  D'ailleurs, comme celle de Mozart, ta musique ne sera jamais l'echo d'un temps lointain. Elle donnera toujours l'impression d'être la plus innovatrice de toutes.

Ta musique, comme celle de Mozart, restera  à jamais gravée dans l'âme du monde.
Par asherette
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander

Plus d'Idées...

CONTACT:

asherette@wanadoo.fr

Jargon...

  • Flux RSS des articles