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Lost in Asherette

Jeudi 28 septembre 2006
Théoriquement, je hais les voyageurs. Je vais m'amuser à décrire quelques clichés du voyageur détestable. Il y a celle qui part au Sri Lanka et qui trouve ça génial parce que les enfants courent, joyeux, autour de toi parce que tu es une touriste et que par conséquent, tu leur amènes de l'argent... depuis quand c'est bandant d'être aimé pour son fric? Il y a ceux qui répugnent à "faire les touristes", à acheter des trucs dans les boutiques de souvenirs, et qui détestent par-dessus tout croiser dans leur périple des gens de leur propre pays (voir ce qu'en dit Michel Houellebecq dans "Lanzarote", aux editions Librio). Il y a ceux qui ont, justement des idées très précises sur le voyage. Par exemple, un voyage ne doit pas être organisé, un voyage ouvre (systématiquement) l'esprit, voire, plus un voyage se passe dans des conditions déplorables (tourista etc), mieux c'est. Il y a ceux qui te montrent leurs onze paquets de trente-six photos, en s'imaginant que ça t'intéresse vachement. Il y a ceux qui considèrent que le voyage t'apprend l'altruisme et autres hypocrisies du même acabit alors qu'il n'iraient pas filer un coup de main à leur vieille voisine de palier quand elle va faire ses courses au supermarché. Il y a ceux qui disent que c'est fou, tous les Africains sont gentils, sans s'apercevoir un instant qu'ils sont là à la limite du propos raciste (parce qu'il y a généralisation... tout le monde sait qu'il y a des cons partout!). Il y a ceux qui ont la collectionnite aigüe du voyage (par exemple, il s'achètent un écusson de chaque pays où ils ont foutu les pieds pour le coudre sur leur Quechua 60 litres, désolée Catherine) et qui par conséquent ne vont jamais deux fois au même endroit. A L'inverse il y a ceux qui retournent toujours au même endroit parce que justement ils peuvent, une fois là bas, se la péter parce qu'ils "connaissent bien le coin". Il y a ceux qui racontent tous les détails, jusqu'à la déco de la chambre d'hôtel. A l'inverse, il y a ceux qui ont l'air blasé. Il y a ceux qui pendant le voyage, t'en foutent plein la vue en te racontant leurs voyages précédents "tu sais à Lima, le taxi, c'était encore pire!". Il y a ceux qui te demandent où tu es, toi, parti dans le monde, et ceux-là je les soupçonne de vouloir se mesurer à toi, surtout ceux qui te disent: "ah bon? C'est tout?", puis qui te prennent de haut en te disant que "vraiment tu devrais aller à Prague" (ce qui signifie deux choses: "je connais super bien Prague, tu vois..." et pire que tout "je te connais, tu sais..."). Il y a ceux qui décident carrément d'aller vivre à l'étranger.

Ceci étant dit, mon grand souci à ce sujet est que j'ai des amis voyageurs. Mon ami L. D. s'en va vivre à Madrid a priori pour une durée de trois ans avec sa copine. "Mais je pense, me dit-il, qu'au final on ira s'installer à Londres. Pour nous c'est un rêve, c'est là bas qu'est notre coeur." Et tes amis ils sont où, crétin? Tu vois pas qu'on est triste? Non, je ne serai pas hypocrite au point de faire comme si je me réjouissais pour toi! Et puis ça sent le boost de carrière à plein nez... F. se barre en Bolivie, certes pour de très justes raisons. Mais la Bolivie c'est un peu loin. Et surtout, mon frère s'est pris d'une envie soudaine d'aller éventuellement le rejoindre d'ici quelque temps. Ecoute-moi bien coco: tu te barres si tu veux, mais tu me laisses mon frère, merde! J'ai déjà une soeur à l'autre bout du monde (c'est loin les Côtes d'Armor) alors faut pas déconner! Faudrait arrêter un p'tit peu d'me faire chier! Et ça c'est sans compter les joies de l'éducation nationale, qui me vole deux copines, toutes deux mutées dans ces horribles régions minières du lointain Orient (français). P., l'une de ces deux-là, squattait le Royaume Uni depuis deux ans pour y enseigner la langue de Voltaire, et là-bas, cette jolie petite brune s'est trouvé un Max (la bonne blague!) Allemand (en plus!). Ze protoaype ov zi youropiianne, la meuf! Saleté de voyageuse! Pa. est partie s'installer en Argentine où elle a monté un café grâce auquel elle se fait des couilles en or...

Peut-être que tout ça n'est qu'une histoire de carrière professionnelle, de thune, parce que c'est vrai qu'en France on ne peut plus faire grand chose. Remarque de ce point de vue ça se comprend: si les Français sont les premiers à descendre dans la rue quand on veut les mettre au boulot, ils ne mouftent pas quand on leur dit que leur fiesta s'arrêtera à deux heures du mat', ni quand on leur interdit de fumer partout où c'est possible, et même partout où c'est impossible. Autrement dit ils sont prêts à céder leurs libertés les plus basiques tant qu'on ne les oblige pas à se retrousser les manches pour botter un peu le cul de l'économie. En dehors de ça, les voyageurs semblent choisir la solution de facilité en s'expatriant, quitte à laisser derrière eux une ribambelle d'amis dégoûtés.

Vive la République. Vive la France. Et adieu les copains.
Par Asherette - Publié dans : Asherette publique
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Commentaires

Aude,
y'en a qui restent à Paris !
Paul-Lionel
Commentaire n°1 posté par Paul-Lionel le 11/10/2006 à 13h37
... en effet, un malheur n'arrive jamais seul!
Commentaire n°2 posté par Arf! le 02/11/2006 à 05h10

Hé bé !!!!


Bises


Julie :-))

Commentaire n°3 posté par Julie Coquine le 12/12/2006 à 15h35

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