Ca c'était pour récupérer les voix du FN. Il y avait un but, au moins. Une raison apparente. Et puis les chiraquiens, du coup, pouvaient presque utiliser cette raison apparente pour disculper notre cher Président: il ne le pensait pas vraiment, c'était purement stratégique. Et puis c'était il y a bien longtemps. Il y a prescription, hein, dites? On va arrêter d'embêter notre chichichéri avec cette erreur de jeunesse, ça commence à bien faire. Non mais! Bon.
Un certain dimanche 14 novembre, Sa Majesté Notre Président était en visite à Marseille, où il s'est retrouvé à la tenir le crachoir à quelques centaines d'étudiants. L'un d'entre eux lui demande ce qu'il pense du fait que trois milliards de terriens vivent (survivent, j'aurais dit... non?) avec 2 dollars par jour, soit moins que la somme quotidienne versée par l'Union Européenne à chacune de ses vaches. Alors là non, je dis stop! Pas touche à mes vaches! Il faut bien leur payer leurs farines animales, pour que comme nous les humains, elles mangent de la merde, pour que nous les humains qui les mangeons ensuite, continuions à choper la maladie de creutzfeld jacob, et pour qu'enfin José Bové ait toujours une raison d'exister. Et puis dans ces deux dollars, il faut compter les antidépresseurs, parce que les pauvres, la perspective de l'abattoir, ça les stresse un peu. Le lait d'une vache stressée est beaucoup moins bon, alors que le lait d'une vache stone dans les corn-flakes de vos enfants les rend heureux et peace pour la journée! Bref, c'est un "faux problème".
D'autant plus que les Africains, par exemple, (on prend les Africains parce qu'ils ont de très bonnes raisons d'être malheureux, j'imagine) sont très heureux, avec leurs deux dollars par jour! Regardez-moi, Jacques Chirac, quand je vais signer un contrat crapuleux en Afrique Noire, ou bien asseoir plus confortablement une dictature fascisante dans certains pays francophones (parce que la francophonie, c'est super important: hé! on est là! Eh! Nous aussi on a colonisé tout plein de pays ya longtemps! Et regardez comme on leur rend bien! Tous les deux ans on fête la francophonie! Et ça leur suffit, vous savez! Pas besoin de venir faire des études supérieures en France après... Vous savez y'a rien de tel que la démerde pour apprendre l'indépendance!) eh bien je parade toujours un peu, et là sur le chemin jusqu'à mon hotel grand luxe, je vois des jeunes qui on à peine un toit pour dormir. Mais pas besoin de toit, là bas! Il fait chaud! Et vous savez comment ils sont ces jeunes? je vous le donne dans le mille:
"Ils sont joyeux, parce que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont enthousiastes. Ils ont le sourire. Ils applaudissent. Ils sont contents. Ils voient qu'il y a un monsieur qui passe, cela leur permet d'être sur le bord de la route."
Ah oui! Nous Afwicains toujouw contents! Et nous souwiw pawc'ke ya bon Banania! Hi hi! Nous applaudir pawc'ke wythme dans la peau. Nous contents de voiw un méssié qui passe, comme ça nous su la woute, et c'est wigolo d'êtwe su la woute! Chirac en Afrique, c'est Tintin au Congo: du racisme larvé.
Quand les Africains voient dans le chef d'Etat d'un pays riche l'espoir d'un meilleur avenir politique, économique et social pour leur pays, l'espoir d'un accès aux soins médicaux et à l'éducation pour eux-mêmes et les leurs, ben oui, ils sont plutôt contents. Chirac, lui, voit dans ces Africains plein d'espoir (c'est tout ce qui leur reste, l'espoir) un peuple d'imbéciles heureux contents de voir un monsieur - un Monsieur!!! parce qu'un monsieur ne peut être que blanc, riche et en costard-cravatte? il n'y a pas de "monsieur" en Afrique? - parce que ça leur fait de l'animation! Pourtant, l'animation, là-bas, c'est pas ça qui manque... Vous comprenez, le bruit, les odeurs...

Voilà maintenant ce que nous dit Monsieur Morale le 9 juillet 2004. Accrochez-vous. "Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective 'business', soyons réalistes: à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...)." Il ne prétend pas que la publicité est indispensable au financement des programmes et donc à la survie de la chaîne. Il ne dit pas non plus que d'aider généreusement les grandes marques à vendre leurs produits est l'une des fonctions de TF1, non! Le métier de TF1, le seul, l'unique, est d'aider Coca-Cola et les autres à vendre leur produit. Donc tout, absolument tout ce qui passe sur TF1 (le journal de 13h à la gloire de la France d'en bas, les sitcoms débilitants et leur image édulcorée du monde, Foucault qui fait rêver les pauvres gens de millions qu'ils n'auront jamais et qui limite la culture des participants à des questions sur les pokémons et sur la starac', encore TF1, la grosse et son maillon faible à la gloire du capitalisme et du chacun pour sa gueule, la tristesse de la Star Academy, la pauvreté de Lagaff, la non-information de D'Arvor, l'insipidité et la vulgarité de Cauet...) vise à faire vendre du Coca-Cola, par exemple. Sont-ce donc les pubs qui interrompent les émissions (comme nous le croyons tous, nous, pauvres téléspectateurs), ou bien les émissions qui interrompent les 12 minutes de pub autorisées par heure? La réponse est simple: ni l'un ni l'autre. TF1 est une chaîne uniquement publicitaire. Tout y est vente, consommation, capitalisme.
Mais comment ça marche? Comment Ashley Suzanne Abbott des Feux de l'Amour peut-elle me donner envie, là maintenant, d'aller compulsivement acheter des litres et des litres de Coca, une Renault Modus, des compotes Materne, 5kg d'Ariel, des Frosties, des chewing-gums Airwaves (oups pardon, ça c'est Canal+! Autant pour moi), un mobile Bouygues, un portable Dell? Patrick Le Lay nous donne généreusement la réponse: "(...) pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible: c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible."
Bon sang mais c'est bien sûr! Avec ma taxe d'habitation, mon divorce en cours, mon bébé qui va naître alors que j'ai pas un flèche, ma cotisation retraite, mon patron qui me flique toute la journée, mes heures sup' non rémunérées, et le cancer du larynx de mon Papa, je suis pas naturellement hyper réceptive aux messages publicitaires! Pardon, Coca-cola, Heineken et les autres!
Normalement, le cerveau humain est fait pour raisonner, décider, éprouver des sentiments, se forger une opinion... c'est vraiment trop bête! Heureusement que TF1 est là pour nous "divertir", nous "détendre" (autant dire faire de nous des légumes) entre deux messages. De cette façon, on est dans les meilleures dispositions pour ingurgiter n'importe quoi, à savoir always-coca-cola-just-do-it-calgonit-power-ball-wazaaaa-dieu-nous-a-envoyé-sarkozy-encore-une-victoire -de-canard-bouygues-telecom-un-nouveu-monde-le-votre-EAgames-challenge-everything -total-vous-ne-viendrez-plus-chez-nous-par-hasard-mac-donald's-c'est-tout-ce-que-j'aime-tout-le-monde- se-lève-pour-daaaanette...
En d'autres termes, consommons! Et pour ce faire, fuyons l'intelligence, paralysons l'esprit critique, abolissons la réflexion, et cultivons tous ensemble la vulgarité, l'obscénité, la passivité, la sottise. En un mot regardons TF1.
Ce qui est sûr, c'est que je n'aurais pas réagi comme toi depuis le début. J'aurais fermé ma gueule, trop effrayé de prendre un coup, et changé de place dès le début. Et si pour quelqu'autre raison le conflit avait semblé inéluctable, je crois que j'aurais pris la fuite avant... sauf si j'avais eu une arme sur moi. Je l'aurais utilisée au moins pour intimider, en espèce de figure grotesque jouant maladroitement avec un objet dangereux.
Une fois que ceci est dit, vous êtes en mesure de juger mon commentaire parce que je me suis affranchi du "moi je" en vous expliquant comment je pense que j'aurais réagi.Le problème est que je n'aurais peut-être pas réagi comme je le pense... Tout le reste n'est que supposition. Si tu accepte ces conditions, tu peux lire la suite.
Ta haine, Aude, est légitime, et la ramener au raisonnement qui pourrait la calmer te semble relever de la perte de dignité, de la résignation. Je ne peux qu'accepter ta conclusion.Cependant, je pense qu'il FAUT que tu l'oublies. Pas parce que le pardon est important pour quelque mystique rédemption mais parce que c'est quelque chose que tu dois à toi-même. Ne pas laisser la haine prendre place. Parce que la haine réduit le champ de vision. Parce que la haine est le néant qui TE diminuerait et qui ne ferait que te diminuer. La vengeance en elle-même t'apporterait peu de confort, parce qu'une fois que la haine est installée, elle s'autosuffit. Crois-moi, je hais la plupart des gens et je sais ce que c'est de n'avoir qu'un regard diminué, qu'un regard superficiel sur les choses.
Si tu veux que je sois parfaitement honnête, je ne comprends qu'à moitié ce que je suis en train de t'écrire. Tout ça n'est que paroles en lesquelles je suis obligé de croire parce que quand on est aveugle on a besoin d'une canne. Je pourrais essayer de le démontrer en te disant que tu oublies que tuer ce mec dans la rue t'enverrais en prison. Que tu ne prends pas en compte le fait que tu gâcherais une vie avec de belles espérances pour un moment de haine. Que tu souffrirais plus que lui qui au fond serait délivré de son "existance minable". Que tu oublies qu'il y a des combats plus importants dans ta vie que celui contre une humiliation.
Tu es quelqu'un d'intelligent, Aude. Tu perceras sûrement mieux que moi la profondeur de ce que je viens d'écrire. Pour le moment, je te demande simplement d'y refléchir, et d'essayer d'y croire.
Et pour tous ceux qui sont en train de refléchir à comment critiquer mon message... épargnez-vous quelques minutes, ma réponse à vos questions est ici:"Oui, je suis un messie à deux balles", "oui je suis naïf", "Oui je suis lâche", "Oui je tends l'autre joue", "Non, je ne suis pas croyant ou une grenouille de bénitier", "Oui je m'écoute parler... souvent!"
Une petite frappe jogging bleu clair se lève alors de son siège et me lance "Non mais tu te fous de ma gueule ou quoi? Les mecs ils se sont excusés (ah bon?) et t'as vu comment tu leur parles? C'est bon c'est fini, tu vas pas en faire tout un plat, tu fermes ta gueule!" J'avais prévu de fermer ma gueule. Mais le fait qu'il m'en donne l'ordre m'en a empêché. "Attends, c'est bon! Là en l'occurence c'est toi qui es debout et qui en fais tout un plat, alors s'il y en a un qui ferme sa gueule ici, c'est toi!" (Le métro arrive à Trocadéro, Je me lève pour sortir parce que je me dis que si je reste ça va mal tourner, mais...) "Quoi? Vous entendez ça? Ca va pas se passer comme ça, putain la salope!" Ses potes se lèvent, l'air de dire calme-toi, et il me crache à la gueule. Je vais tout naturellement pour lui en décoller une, mais ses potes me retiennent et il me colle un coup de pied direct dans le sein gauche. Mon sac tombe, je ne respire plus. Je ramasse mon sac qui traîne à ses pieds, je me redresse, et il trouve alors le moyen de me remettre deux coups de pied au même endroit, avec la même violence. Je suis projetée hors de la rame, le signal sonore retentit. Je ne respire toujours pas. Trois personnes s'arrêtent "On a tout vu on va témoigner". L'une d'entre elles me félicite même pour mon comportement courageux, parce que merde y'en a marre que ce genre de petits cons fasse la loi. Et le chef de station arrive et les pompiers et les flics et tout le toutim.
Moralité.
Il y avait au moins dix autres personnes dans la rame et personne n'a levé le petit doigt. La pute qui m'a félicitée pour mon comportement peut se torcher avec ses compliments et aller brûler en enfer. Quant au petit merdeux neuf trois jogging bleu ciel boutons d'acné et cheveux en pics, il a une vie minable, on est tous d'accord là dessus, comme tous les loulous de son espèce qui sortent en bande pour taper des gonzesses. Eh bien je n'ai qu'un souhait, c'est que lui et ses potes, mais surtout lui s'enfoncent dans le minable de leur vie. Je voudrais qu'il crève d'une overdose, à suffoquer lamentablement dans son vomi, ou bien poignardé par le caïd de son quartier pour une histoire glauque. En tous cas une mort minable mais qu'on sent passer. Je voudrais l'avoir là, sous la main, et lui exploser la tête, sa petite tête de petit merdeux contre l'angle de mon bureau. Je veux que son sang gicle. Je veux lui faire bouffer sa couille gauche et l'enculer à sec avec une batte cloutée. Et si avec ses cinquante kilos tout mouillé, il a le malheur de me croiser, et qu'il n'a pas sa bande de potes pour me retenir, je crois que je le tue. Non, je ne crois pas, j'en suis sûre.
"Raquel Matthews était actrice à Hollywood, la star du moment, le genre qui crève l'écran. Une beauté parfaite. Je l'ai rencontrée dans une de ces soirées mondaines (oeuvre de charité ou quelque chose du genre) où le champagne coule à flots. A l'époque, j'étais PDG d'une multinationale dont je tairai le nom. J'avais également la chance d'être assez bel homme. Avec Raquel, tout est allé très vite. Je l'ai séduite avec une facilité déconcertante. Nous avons discuté et ri ensemble toute la soirée, puis tout naturellement elle m'a accompagné jusqu'à ma suite. En quelques heures, la femme la plus désirée du monde était dans mes bras. Nous étions sur mon lit, déjà à moitié dénudés, lorsque je me mets à y penser. Mets-le! Mets-le! Mets-le! Je parvins à me convaincre moi-même, je sortis un préservatif de ma poche. Un peu gêné, je le montrai à Raquel, mais elle réagit très bien: "Tu as raison, me dit-elle avec son plus beau sourire". Et c'est là que les ennuis commencèrent. Nous avons tous vécu cela un jour ou l'autre: "Grrr! il glisse! Attends je le remets!... Heu je crois qu'on a perdu quelque chose, là! Oui je crois qu'il est coincé dans ton vagin (très glamour). Oh la la! C'est pas vrai il descend de nouveau! Bon j'en mets un autre! Et meeeeeeerde! Il a cassé ce con! C'est vraiment de la merde, ces trucs!" Et la nuit en perd tout de même en poésie! Finalement, l'alcool que nous avions ingurgité a eu raison de nous, et nous nous sommes endormis sans obtenir satisfaction.
Vous pensez peut-être que l'histoire s'arrête là, que nous nous sommes quittés bons amis, mais que plus jamais Raquel ne voudrait coucher de nouveau avec moi... Eh bien vous vous trompez. Le lendemain, nous nous sommes revus. Nous avons de nouveau passé la nuit ensemble. Nous avons fait l'amour du soir au matin, cette fois sans ce maudit préservatif, dans une entente parfaite. Ce fut la plus belle nuit de ma vie! C'est aussi la nuit où Raquel Matthews m'a refilé le sida."
