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La vérité, parfois, passe mieux sous forme de satire .Jostein Gaarder. 

 

 

Lundi 8 novembre 2004
C'était au mois de Juin, je sirotais tranquillement un demi au River. A côté de moi, un homme d'une soixantaine d'années, grand-père un peu rock n'roll, avec un chapeau à la Indiana Jones. Il entame la conversation. Il a réuni toutes ses économies pour faire un long tour du monde (4mois de voyage). Il envoie régulièrement des cartes postales à ses petits enfants pour qu'ils puissent aller voir sur un globe où se trouve leur grand-père (que pour certaines commodités nous appelerons désormais John). John me raconte donc qu'il a fait l'Afrique, et qu'il s'y est fait plein d'amis rien qu'en disant qu'il voterait Kerry et qu'il détestait Bush...
Et puis John vient à me parler du racisme. C'est son voyage en Afrique, qui lui a ouvert les yeux sur le racisme, à John, comme s'il n'y avait que des Blancs aux Etats Unis. En réalité, me dit-il, il n'y a pas tant de différence que ça entre les différentes couleurs de peau... les Blancs ne sont pas tout à fait blancs, ils sont plutôt un petit peu roses, voire orange, et puis beaucoup brunissent au soleil, quant aux Noirs, ils ne sont pas vraiment noirs, ils seraient plutôt marron foncé. Et puis si on se coupe et que le sang coule, eh bien le sang est de la même couleur pour tout le monde.

Certes. Mais pour moi, John est toujours raciste. Il y a une différence. Nous n'avons pas tous la même couleur de peau, de même que nous n'avons pas tous les yeux ou les cheveux de la même couleur, de même que le monde est fait de petits et de grands, de velus et d'imberbes, d'hommes et de femmes. La différence physique est partout, et elle a bien raison.
Au lieu de l'accepter, de la reconnaître comme absolument normale et humaine et finalement banale, John essaye de se prouver à lui même qu'elle n'existe pas. Si on bidouille un peu le raisonnement de John, eh bien le racisme serait un sentiment légitime si par exemple les Noirs avaient la peau vraiment tres noire et si les Blancs ne brunissaient pas au soleil! Il y a quelques lignes, j'ai utilisé le mot "banal" pour qualifier la différence entre les couleurs de peau. C'est, je pense, la clé du problème de John: c'est quand on commence à en faire tout un plat, à tomber dans des raisonnements alambiqués comme le sien que tout fout le camp.

En Afrique, John a sympathisé avec des gens de couleur noire. Vulgarisons (ridiculisons?) un peu ce qui s'est passé dans la tête de John. John aurait pu se dire, par exemple: "Ah tiens, ils sont noirs et sympas et pas cons du tout... peut etre qu'en fait tout ça (l'intelligence, la gentillesse... bref les qualités humaines) n'a rien à voir avec la couleur de la peau, qui sait?". Mais non. Comme un con John s'est dit : "Ils sont sympas et intelligents (ou que sais-je!!!)... finalement ils ne sont pas si noirs que ça!"... Il est joli, son raisonnement, à John! Presque poétique, le coup des couleurs qui finalement ne sont pas si différentes... John voudrait vraiment ne plus être raciste. L'intention est là!
Mais John n'a rien compris.
par Aude Sécheret publié dans : Asherette publique
Jeudi 4 novembre 2004
Ces trois derniers mois j'ai rencontré une floppée d'Américains. J'ai particulièrement retenu une phrase d'Amanda, une New Yorkaise qui traînait au Requin Chagrin il y a une semaine: "I hate him, Bush, fuckin' killer!", avec dans la voix une terreur qu'elle n'a pas réussi à dissimuler. Terrifiée par ses compartiotes qui voteront républicain quoi qu'il arrive, ou par Bush lui-même? Cette terreur m'avait donné espoir de voir passer un démocrate, un petit Kerry, déjà moins extrême, peut-être. Mais non, pas cette fois encore. Bienvenue à tous dans la terreur, il y a moi, il y a vous je crois et puis une bonne partie du globe, tous et toutes terrifiés rien qu'à l'idée de ce 'four more years" scandé un peu partout par les cyniques.
Je n'ai pas envie d'être cynique. Je n'ai pas envie, plus envie que Bush soit drôle. Oublions ses gaffes style raffarinades de début de mandat, ne rions plus au clip de George Michael. Détruisons la marionnette des Guignols. Pendant quatre ans, au lieu de nous alarmer, nous nous sommes réfugiés derrière cette image du Bush simplet, disons-le, con comme ses pieds, l'amuseur publique des gens blasés... pendant qu'allègrement il mentait, détruisait, tuait et mettait une bonne partie de la terre à feu et à sang.

Bush est loin d'être con, au sens où il est un manipulateur de génie, la preuve étant sa réélection. Réélu par les Américains dont il envoit les enfants au front d'une guerre qui n'aurait jamais dû avoir lieu, réélu par les Américains qui manifestement (en majorité) ne refléchissent pas, ne cherchent pas à savoir, à comprendre, qui suivent aveuglément leur président-absolu-de-droit-divin.
Petit exemple: plus de 90% des Américains interrogés par une boîte de sondage pensaient qu'il y avait au moins un Irakien dans les avions du 11 Septembre. Question, donc, chers amis, il y en avait combien, des Irakiens, dans les avions? Exactement. Aucun. Et cet exemple n'est qu'une goutte d'eau dans la mer.

Un homme capable de faire avaler les pires conneries à tout un peuple (ou presque) n'est pas un imbécile. C'est un leader charismatique donc un homme dangereux... leader, en italien ça se dit duce, et en allemand, ca se dit... voilà. Sauf qu'aujourd'hui, le grand méchant leader a des super arguments pour se trouver des amis: du fric, un peuple de gros consommateurs, un joli tableau de chasse, et le fin du fin, une puissance de feu suffisante pour détruire dix fois la terre... j'espère qu'on n'en arrivera pas là... Remarquez, quatre ans... c'est un peu long, non? Quatre ans! Laissez-moi espérer que ça ne fait rire personne.
par Aude Sécheret publié dans : Asherette publique
 

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