VOUS ENTREZ DANS LE MONDE D'ASHERETTE... BIENVENUE!

 

La vérité, parfois, passe mieux sous forme de satire .Jostein Gaarder. 

 

 

Vendredi 26 janvier 2007
C'est fou comme un jour on prend conscience que les gens qu'on aime mourront. En général tout ceci est amené par la mort d'un proche. Bien sûr, il ne s'agit pas de la mort de l'arrière grand-mère: celle-ci a toute son importance car c'est la première, mais on était prévenus depuis longtemps; ni de celle de la grand-tante, qui ne nous reconnaissait plus depuis bien longtemps et qui n'était, à le fin, même plus celle que nous avions connue. Un jour, simplement, quelqu'un que l'on aime meurt sans vous avoir prévenu, sans crier gare, ayant porté la veille, même la minute précédente, sur son visage la plus nette envie de vivre. Il avait souri, il avait ri aux éclats de son rire sonore et sincère. Et là c'est fini. Vous ne reconnaissez pas votre père parce qu'il vient de vieillir de dix ans et parce que d'un seul coup il se met à vous parler pour de vrai; votre famille devient un bloc, et pas pour longtemps, mais tout de même un bloc de chagrin. On se serre les coudes, on s'aime et finalement on s'est toujours aimé. Et nous mourrons tous. Sauf qu'à ce moment-là commence notre course funèbre vers la mort. On s'en tape un peu d'être le premier, encore qu'on ne veut pas faire de mal aux autres, mais on est un peu lâche et on ne veut surtout pas être le dernier à rester.

Finalement, le calcul est facile, vues les probas, la génération la plus ancienne en premier, avant celle de nos parents, et celle-là même avant la notre, donc nous et nos frères et soeurs. Bon. Tout ceci n'est pas réjouissant, mais il y a bien pire. Il y a par exemple le moment où on se prend soi-même à prononcer les mots "maman" et "papa" en se disant à raison qu'un jour on cessera d'appeler des gens ainsi, voire, de prononcer les mots en eux-mêmes. Pourtant, quoi de plus doux et sécurisant que ces deux mots-là? Oui mais la vie est une pute, qui vous montrera ceux que vous aimez sur un lit de mort avant de vous y coucher, rieuse, à votre tour. La bonne blague. Sachez juste ce fait indubitable, parents infâmes et visiblement pressés de nous infliger cette ultime plaisanterie: on échangerait volontiers, nous grands enfants, n'importe quelle fortune, n'importe quelle réputation, n'importe quelle maison, n'importe quel legs somme toute, contre quelques instants de vie à vous sur notre terre. Parce que vous mêmes qui avez perdu votre ou vos parents, vous êtes très bien placés pour savoir que quand on aime, l'héritage - quel qu'il soit - est un cadeau qui nous révulse.



A bon entendeur salut.
par Aude Sécheret publié dans : Asherette perso
Jeudi 2 novembre 2006
"Quelle idée", me direz-vous!

Eh bien non, je n'ai pas ce talent, l'idée n'est pas moi. Il ne s'agit pas non plus du nouveau nom que prendra la colonne de droite du Parisien ou d'un autre torche-cul du genre pour remplacer "en bref", ou justement, nous allions y venir "chiens écrasés"

(à lire comme Julien Lepers, très vite) Top! Espèce terrienne en voie d'extinction par mes propres conneries environnementales et guerrières, j'adore avoir du pouvoir, le montrer et m'en servir, juste pour que ça se sache. Par exemple, j'aime bien m'attaquer aux plus faibles, voler les sacs des grands-mères, battre ma femme, trucider des chiens, brûler des forêts parce qu'il paraît que ça rapporte et que j'aime bien la thune. Dans ma communauté il y en a qui ne sont pas comme moi, qui ont une certaine bonté, et justement par nature ceux-là sont certains de n'arriver à rien. Je ritualise tout ce qui peut me rapprocher du bassement naturel: je mange de la viande déjà tuée par des machines, et avec des couverts pour ne pas me salir les doigts, et je fais caca dans un endroit discret et étanche. Le trait de caractère qui me caractérise sans doute le mieux est ma facilité à torturer mon prochain, et surtoout l'imagination que je suis capable d'y apporter, je suis, je suis...

L'HUMAIN! Mais qu'est-ce qu'il lui prend?

Je l'annonce maintenant au cas où vous n'auriez pas le courage de lire ce texte en entier: une marche silencieuse et pacifique est organisée à Pont l'Eveque (Clavados, Basse Normandie) ce dimanche, le 5 novembre 2006, rendez-vous place du marché à 11h. Si vous en avez le courage, lisez, et surtout venez.

Tout ceci est encore très décousu, mais vous avez l'habitude. Voici ce qui est arrivé à Monsieur K le samedi 14 Octobre 2006. Il faisait ses courses à Pont l'Eveque accompagné de sa petite Jack Russel de six mois. Je vous passe l'imagerie du style "Pooungkie (car c'était son nom) était adorée de tous les commerçants, et le boucher du coin ne manquait jamais de lui refiler un bout de barbaque", vu que de toute façon les chiens sont interdits à peu près partout, alors que vous savez aussi bien que moi qu'il y a des hommes bien plus déguelasses que nos chers toutous... Et soit dit en passant, je préfère de loin l'odeur de ma chienne à celle de certains voisins grabataires, et puis elle a sans doute les papates plus propres que les mains de tous ceux qui oublient sottement de se les laver. Bref, Poougnkie était peut-être en train d'attendre son maître devant la boucherie quand elle a fugué, ou bien qu'elle a été attirée par un être malveillant. Quand son maître l'a retrouvée, elle était morte, ayant subi les pires sévices, dont, parmi d'autres, celui mentionné dans le titre... si si je vous jure! Oui, empalée... Absoloument, par le... Voilà. (Plus: crâne fracassé, yeux, oreilles, papates mutilés etc) J'ai eu la malchance de lire le rapport d'autopsie.

Je n'ai pas de commentaire à faire, d'ailleurs, il n'y a pas de commentaire à faire. Pour la première fois sur ce blog, j'interdis les commentaires sur ce texte. Pour plein de raisons.

D'abord, je vois déjà tous ceux qui viendront crier haut et fort que ce n'est qu'un chien que ce genre de chose arrive à des "vrais gens". Oui, ce genre de chose arrive aussi à des êtres humains, et si j'avais eu vent d'un tel événement d'en mon entourage, je n'aurais pas manqué d'en faire part sur ce blog, avec toute la violence dont je suis capable. Toujours est-il qu'une vie s'est éteinte dans l'horreur; sous prétexte qu'il s'agit d'un chien, on n'aurait pas le droit d'en faire mention et de se déclarer révolté? Parce qu'un chien ne ressent pas la douleur? Et qui somme nous, nous pauvres humains de merde, pauvres dégénérés dépressifs, pour juger que telle ou telle vie est plus importante qu'une autre? Qu'il y a des degrés de gravité dans la mort par la torture? Parce que s'il y a un domaine dans lequel l'homme excelle, c'est bien la torture. En cela, aucune autre espèce ne lui arrive à la cheville. Et sans doute pas l'espèce canine.

Je dois vous confier que j'avais hésité à vous raconter l'histoire dans ses moindres détails, sans toutefois préciser que l'être qui attendait Monsieur K. à la sortie de la boucherie était un chien. Le but était là de donner l'impression qu'il s'agissait de sa fille. Parce que même si on n'a pas enfanté ces petites bêtes, on les aime très fort. J'ai changé d'avis parce que ceux qui ont perdu un enfant ou un proche dans des conditions atroces pouvaient en être choqués, et c'est un sentiment que je comprends, (d'ailleurs quoi que vous pensiez de mon avis, gardez bien à l'esprit que ce ne sont pas mes mots qui sont choquants, mais l'évènement lui-même) mais aussi, et c'est là qu'est le vice, parce que je ne voulais pas que le lecteur se dise "ah ouf! il ne s'agit que d'un chien!" à la fin de l'histoire. J'en viens par là même à l'objet de ce texte. Je l'ai écrit pour que justement, personne ne se permette de relativiser quoi que ce soit. Ni la souffrance du chien, ni la souffrance, ni l'incrédulité du maître, ni le choc causé à l'entourage, ni et surtout pas la cruauté du ou des moins-que-rien qui a/ont fait tout ça. Oui, il s'agissait d'un bébé chien, sans défense. Un bébé chien drôle, joueur, et insouciant. Quand j'ai vent de tels actes, je n'ai pas seulement peur pour ma chienne, j'ai aussi peur pour mes neveux et nièces, et pour mes futurs enfants (encore une fois pour ceux qui y mettraient vraiment de la mauvaise volonté: je ne compare pas des enfants à des chiens, je remarque simplement qu'un bébé n'a pas plus de défenses qu'un chiot).

Cette histoire est ausi celle de la cruauté humaine. D'où cette marche silencieuse: il s'agira de contrer par le silence la cruauté dont nous sommes capables, nous les humains. Il s'agira de faire e deuil d'une vie naïve et pure arrachée au monde par la bêtise humaine. Il s'agira d'être aux côtés de Monsieur K., voire de lui présenter nos excuses. Parce que nous devrions tous avoir honte de cet acte de cruauté. Il me semble que c'est Sanseverino qui dit que s'il croisait un martien, il aurait honte de lui dire qu'il est un être humain. Moi j'en ai déjà honte quand je vois la confiance naïve, le total dévouement, l'amour sans borne et désintéressé que me renvoient les grands yeux noirs de ma chienne.
Jeudi 28 septembre 2006
Théoriquement, je hais les voyageurs. Je vais m'amuser à décrire quelques clichés du voyageur détestable. Il y a celle qui part au Sri Lanka et qui trouve ça génial parce que les enfants courent, joyeux, autour de toi parce que tu es une touriste et que par conséquent, tu leur amènes de l'argent... depuis quand c'est bandant d'être aimé pour son fric? Il y a ceux qui répugnent à "faire les touristes", à acheter des trucs dans les boutiques de souvenirs, et qui détestent par-dessus tout croiser dans leur périple des gens de leur propre pays (voir ce qu'en dit Michel Houellebecq dans "Lanzarote", aux editions Librio). Il y a ceux qui ont, justement des idées très précises sur le voyage. Par exemple, un voyage ne doit pas être organisé, un voyage ouvre (systématiquement) l'esprit, voire, plus un voyage se passe dans des conditions déplorables (tourista etc), mieux c'est. Il y a ceux qui te montrent leurs onze paquets de trente-six photos, en s'imaginant que ça t'intéresse vachement. Il y a ceux qui considèrent que le voyage t'apprend l'altruisme et autres hypocrisies du même acabit alors qu'il n'iraient pas filer un coup de main à leur vieille voisine de palier quand elle va faire ses courses au supermarché. Il y a ceux qui disent que c'est fou, tous les Africains sont gentils, sans s'apercevoir un instant qu'ils sont là à la limite du propos raciste (parce qu'il y a généralisation... tout le monde sait qu'il y a des cons partout!). Il y a ceux qui ont la collectionnite aigüe du voyage (par exemple, il s'achètent un écusson de chaque pays où ils ont foutu les pieds pour le coudre sur leur Quechua 60 litres, désolée Catherine) et qui par conséquent ne vont jamais deux fois au même endroit. A L'inverse il y a ceux qui retournent toujours au même endroit parce que justement ils peuvent, une fois là bas, se la péter parce qu'ils "connaissent bien le coin". Il y a ceux qui racontent tous les détails, jusqu'à la déco de la chambre d'hôtel. A l'inverse, il y a ceux qui ont l'air blasé. Il y a ceux qui pendant le voyage, t'en foutent plein la vue en te racontant leurs voyages précédents "tu sais à Lima, le taxi, c'était encore pire!". Il y a ceux qui te demandent où tu es, toi, parti dans le monde, et ceux-là je les soupçonne de vouloir se mesurer à toi, surtout ceux qui te disent: "ah bon? C'est tout?", puis qui te prennent de haut en te disant que "vraiment tu devrais aller à Prague" (ce qui signifie deux choses: "je connais super bien Prague, tu vois..." et pire que tout "je te connais, tu sais..."). Il y a ceux qui décident carrément d'aller vivre à l'étranger.

Ceci étant dit, mon grand souci à ce sujet est que j'ai des amis voyageurs. Mon ami L. D. s'en va vivre à Madrid a priori pour une durée de trois ans avec sa copine. "Mais je pense, me dit-il, qu'au final on ira s'installer à Londres. Pour nous c'est un rêve, c'est là bas qu'est notre coeur." Et tes amis ils sont où, crétin? Tu vois pas qu'on est triste? Non, je ne serai pas hypocrite au point de faire comme si je me réjouissais pour toi! Et puis ça sent le boost de carrière à plein nez... F. se barre en Bolivie, certes pour de très justes raisons. Mais la Bolivie c'est un peu loin. Et surtout, mon frère s'est pris d'une envie soudaine d'aller éventuellement le rejoindre d'ici quelque temps. Ecoute-moi bien coco: tu te barres si tu veux, mais tu me laisses mon frère, merde! J'ai déjà une soeur à l'autre bout du monde (c'est loin les Côtes d'Armor) alors faut pas déconner! Faudrait arrêter un p'tit peu d'me faire chier! Et ça c'est sans compter les joies de l'éducation nationale, qui me vole deux copines, toutes deux mutées dans ces horribles régions minières du lointain Orient (français). P., l'une de ces deux-là, squattait le Royaume Uni depuis deux ans pour y enseigner la langue de Voltaire, et là-bas, cette jolie petite brune s'est trouvé un Max (la bonne blague!) Allemand (en plus!). Ze protoaype ov zi youropiianne, la meuf! Saleté de voyageuse! Pa. est partie s'installer en Argentine où elle a monté un café grâce auquel elle se fait des couilles en or...

Peut-être que tout ça n'est qu'une histoire de carrière professionnelle, de thune, parce que c'est vrai qu'en France on ne peut plus faire grand chose. Remarque de ce point de vue ça se comprend: si les Français sont les premiers à descendre dans la rue quand on veut les mettre au boulot, ils ne mouftent pas quand on leur dit que leur fiesta s'arrêtera à deux heures du mat', ni quand on leur interdit de fumer partout où c'est possible, et même partout où c'est impossible. Autrement dit ils sont prêts à céder leurs libertés les plus basiques tant qu'on ne les oblige pas à se retrousser les manches pour botter un peu le cul de l'économie. En dehors de ça, les voyageurs semblent choisir la solution de facilité en s'expatriant, quitte à laisser derrière eux une ribambelle d'amis dégoûtés.

Vive la République. Vive la France. Et adieu les copains.
Samedi 10 juin 2006
J'ai écrit ça hier sur un coup de tête (but de Laurent Blanc!), donc à défaut d'autre chose... Vous allez sans doute trouver ça très chiant, surtout la deuxième moitié. Qu'à cela ne tienne, au moins j'ai écrit quelque chose, et ça faisait longtemps. J'aurais peut-être dû le divisr en deux textes différents. Tant pis, bonne lecture!

Voisins : Enlève la mousse ! (une voix d’homme) Non ! (voix de femme) Mais je te dis d’enlever la mousse, c’est de la merde la mousse (très vite). Chuchotis agacés de femme. Lutte physique discrète, chuchotis de femme très énervée, bruits de tissus. Mais enlève la mousse ! Ca attire les bêtes (comme en faisant un effort pour se dégager d’une emprise, et chuchotis de femme, de plus en plus bruyants) On m’a dit que ça attirait les bêtes, je te dis (sans doute mouvement pour arracher la mousse, bruit de claque sur la main, rires de femme chuchotés, qui s’excuse mais non, elle n’enlèvera pas la mousse). Il s’énerve et veut prendre les choses en main, et hop une paire de baffes dessus. Elle chuchote un rire nerveux de petite fille. Elle a gagné, on ne la privera pas de sa jolie mousse. Bien entendu au début j’ai cru que ça parlait de bière. En fait non. Jardinage. Hommes et femmes au jardin. Enfin au balcon, un jardin miniature. Lui, il veut bien des plantes, mais pas de « bêtes »… Elle, les bêtes elle ne court pas après. Mais quand elle jardine, elle rêve de faire l’amour dans la nature, à la sauvage. Sur de la mousse, par exemple, peu importe si ça étouffe ses impatiences, la mousse c’est tellement romantique, tellement joli. Confortable. Le confortable est confortable à observer. Mais il a raison, en fait. Elle a le sens de l’image, il a le sens du pratique.

Ah ces images de coïts romantiques débiles dont on rêve et qui sont en fait les pires moments, au sens pratique du terme. L’amour dans la nature : sur un nid de fourmis qu’on n’avait pas vu, près d’un buisson d’orties un peu trop discret, la visite inattendue du fermier du coin… et ça encore c’est rien. Une petite levrette et des écorchures aux genoux et sous les mains. Je l’ai fait quand, déjà, mon rappel DTP ? Epilogue : la séance de lavage des vêtement pleins de terre, comme un retour à la réalité. Peut-être même un certain regret, j’ai pas non plus que ça à faire ! Et puis il y avait un petit gravier qui m’a arraché la peau de l’omoplate… Pour lui tout va bien, il n’a qu’à ouvrir sa braguette et sortir le matos, mais moi il veut me voir à poils sinon rien ! Ou l’amour à la plage : déjà, faut la trouver, la plage vide, en été (parce que les images qu’on nous montre, c’est l’été). Le va-et-vient de la mer. Et imaginez qu’elle monte ! Ha ! On n’y avait pas pensé, à ça, hein ?! ben faut se déplacer. Et les grains de sables indiscrets, et le folklore local : tiens j’ai trouvé une praire dans mon vagin en prenant la douche ! T’as faim ? Tant que c’est pas un mégot ou un bouchon de coca… La solution inverse serait une plage de galets, c’est aussi très joli, ça a l’air rond et doux, mais je garantis pas du confort. En fait, le confort n’est confort que quand il est fantasmé : il avait l’air tellement confortable, cet oreiller… bing ! allergie !

Revenons à nos voisins : ça commence à se bécotter. Mais c’est sans intérêt. Encore une jolie nana dynamique, jeune femme brillante et qui gagne du pognon, qui s’est trouvé un gros mou qui va se la taper en restant allongé sur le dos. Un gros mou de sous-directeur de maison de retraite, ou un truc comme ça, un métier qui n’existe pas à part pour les boîtes d’assurance. Petite envie de gerber, je reviens dans cinq minutes. Bon je mets la musique tout bas pour entendre autre chose, mais surtout qu’elle ne passe pas sa tête pour me demander de baisser le son… j’aurais honte du bordel de mon studio ! Kaboul. Donc pas trop de son. Et puis rien de trop violent. J’aurais bien mis du Léo à fond la caisse, ou bien un bon gros rap, histoire de décompresser, à entendre mes voisins s’envoyer en l’air alors que je suis cloîtrée chez moi à écrire ce mémoire à la con! Paris Combo. Moindre mal… Enfin ça parle quand même d’amour, bordel de merde, vous avez pas d’autre idée ? Hier j’ai voulu rompre un peu avec Poldi (Leopold Bloom, un personnage de Joyce, sur lequel j'écris mon miteux mémoire), je me suis autorisée à finir De Profundis. Génial. Bon ça parle d’amour. Mais génial. J’ai même posé deux marque-pages, chose que je ne fais jamais : « rien n’est plus rare, pour un homme, que de commettre un acte bien à lui », et « une journée passée sans pleurer est une journée durant laquelle le cœur s’est durci, et non une journée pendant laquelle le cœur a été heureux ». Enfin je mets des guillemets, mais c’est pas exactement ça. C’est ce que j’ai voulu y lire. Ça sert à rien de retenir un bouquin. L’intérêt c’est de retenir ce qu’on y a lu, nous, l’individu. Même si ça veut pas dire ça. Ce qui compte c’est ce qu’on en retire de façon personnelle. Je n’ai peut-être rien compris à Joyce, mais sans lui je ne serais pas en train d’écrire ces lignes. Si un jour, je suis une grosse intello reconnue par le milieu (pour ça il faudrait que je vende mon âme en changeant de langage), j’écrirai un article ou un bouquin là dessus, en tout joli, tout argumenté.

Il n’y a rien de plus mesquin que l’argumentation. C’est l’anti-amour par excellence. En argumentant ce que je viens de dire sur l’utilité de la lecture, je serais capable de ne plus y croire, de ne plus être follement amoureuse de cette idée. L’écriture universitaire me pose le même problème. Quand j’écris « comme il faut », je suis incapable, d’être, dans le fond, d’accord avec moi. Parce que ce qu’on écrit, c’est ce qu’on est, sinon ça ne sert à rien. Je ne suis pas moi quand j’écris mon mémoire. Je suis l’étudiante numéro 20106251, et je suis la note que j’aurai. Mieux : je n’écris pas un mémoire, j’écris directement le diplôme qu’on me donnera le cas échéant. J’aime écrire comme je parle. Et j’aime parler comme ça vient. Refuser les influences extérieures, c’est se couper du monde. Moi j’ai envie d’exister. Mon vieux prof qui a passé sa vie dans les bouquins, et qui me demande (dixit !) de reformuler ce que je dis en me mettant dans la peau d’une étudiante de Master (j’avais tapé « peur » à la place de « peau ») , lui il ne fait plus partie du monde. Parce qu’il n’est plus capable de comprendre qu’un seul langage : le sien. Non je n’utiliserai pas le mot sclérosé, c’est débile : le langage que l’on dit « sclérosé » est encore à l’heure actuelle le plus efficace, s’il est maîtrisé. En ce qui me concerne, ce n’est pas que je ne l’aime pas, ni que je ne le maîtrise pas (enfin j’espère), c’est juste que je ne m’y sens pas chez moi. Enfin bien obligée d’y passer de temps en temps. On peut parler comme on veut, écrire comme on veut. Il n’y a pas de bon et de mauvais langage. Le tout c’est d’être en mesure, au moins, de comprendre le langage des autres. Et cela ne relève pas d’une maîtrise de la langue, de l’argot ou du verlan, mais plutôt d’une intelligence Humaine préalable. Et ça ça s’acquiert assez facilement si on n’est pas un gros con qui prétend pisser face au vent sans en mettre sur ses shoes.

Tiens, plus de bruit à côté. Pas très performant, le gros qu’aime pas les bêtes ! Enfin c’est pas mon problème, d’ailleurs moi non plus j’aime pas les bêtes, et il est temps d’allumer la lumière, alors je vais aller fermer la fenêtre, plutôt que d’en venir à les buter à l’heure à laquelle je pèterais les plombs ce soir (une fois par soir en moyenne, et ça se traduit à chaque fois de façon différente, mes cartouches de clopes espagnoles le sentent bien.) Hier je me suis acharnée sur les Cahiers du Football. J’ai lu leur page de long en large. J’ai beaucoup ri ! Et beaucoup fumé parce que forcément je culpabilisais de faire une pause, un peu comme en ce moment, ha ha ha ! Tâtez mes bronches, mon bon seigneur, tâtez mes bronches... Allez, j’y retourne, pardon pour les fautes de frappe, j’ai pas le temps de relire !
Lundi 19 décembre 2005
... pas seulement!

Mademoiselle X, que je ne nommerai pas pour x raisons, est professeur d'anglais. Elle habite à quelques kilomètres de Lannion avec son conjoint et sa fille d'un an. Elle a été mutée à l'académie de Versailles malgré l'emploi fixe de son conjoint à Lannion et le PACS qui les unit légalement. Donc elle ne s'est pas présentée en cours. Cette rentrée, L'Education Nationale a décidé de la "rapprocher" tout de même un peu de son domicile, en la nommant à Alençon, dans l'Orne. Quatre heures de route au bas mot, qu'elle fait à l'aller, et puis au retour, plusieurs fois par semaines, en collant son bébé chez une nounou (par ailleurs super, paraît-il). Elle voit très peu sa fille et son mari, mais financièrement la situation n'était plus tenable, et puis peut-être à l'issue de cette année difficile aura-t-elle acquis suffisamment de points pour être nommée relativement près de chez elle...

Questions pratiques. Bien entendu, frais d'essence non-remboursés. Et une année entière comme ça, ça vous achève une bagnole. Plus le loyer qu'elle doit payer les soirs où elle dort à Alençon, loin de son foyer, parce qu'elle finit trop tard et/ou commence trop tôt le lendemain matin. Au final, c'est beaucoup de fatigue pour pas tant que ça. En tous cas, même pas la peine de songer à économiser quoi que ce soit, par exemple pour préparer l'arrivée d'un deuxième bébé... qui de toutes façons ne viendra plus. La voiture, c'est fatiguant, ça stresse, Mademoiselle X en sait quelque chose. Elle fait de fréquentes crises de spasmophilie. C'est flippant, mais à la maison passe encore. Quand elle la fait au volant, sa crise hebdomadaire se transforme en cauchemard, en risque mortel: les embardées sur la voie de gauche des petites routes qu'elle emprunte, elle n'y peut rien, Mademoiselle X, elle est physiquement tétanisée, ne peut plus bouger d'un pouce. Elle a eu de la chance que personne n'arrive en face... Donc plusieurs fois par semaine, l'Education Nationale joue avec la vie de Mademoiselle X, avec ses 26 ans tout juste et son minois de petite fille.

Ca c'est quand elle fait une crise de tétanie... Maintenant quand elle est enceinte. L'Education Nationale joue avec deux vies, et cette fois, c'est gagné, en plein dans le mille: douleurs atroces au ventre, je m'arrête à l'hopital, "désolés Mademoiselle X, vraiment désolés... bla bla bla fausse couche bla bla bla" Bravo! Non vraiment bravo! Comme ça ils sont certains que c'est pas demain la veille qu'elle aura son congé maternité, Mademoiselle X! Ils sont balaises, à l'Education! Et puis avec un peu de chance, ils la tueront elle aussi, au volant ou ailleurs, comme ça elle arrêtera de les bombarder avec ses lettres de supplication et ses dossiers médicaux à la con!

Comment vous dites? Le plus beau métier du monde? Bonne remarque, qui m'aurait faite marrer avant que Mademoiselle X ne se risque à vouloir enseigner.
 

Plus d'Idées...

CONTACT:

asherette@wanadoo.fr

Newsmissive

Inscription à la newsletter

Jargon...

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus