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Lost in Asherette

Mardi 16 septembre 2008
Je suis en Bolivie. Il y a quelques jours, j'ai vu mes premiers flamants roses. Je sais bien que ça n'a rien à voir. Mais rien ne changera jamais. Le flamant rose restera à jamais dans mon esprit associé à la musique. Et je ne verrai jamais Pink Floyd en live. Et ils ne sortiront plus jamais un nouvel album.

Rick Wright, mon ami, l'enfant du jazz, l'exact, le discret, est parti comme ça, sans prevenir. Il n'est pas mort de la mort d'une rock star, il est parti par la petite porte, sans prévenir. Un minuscule article plus qu'approximatif sur le site de France Info donne quelques informations sur ce géant, sur ce génie discret. A croire qu'il vaut mieux chanter ou jouer de la soupe pour avoir le droit de mourir en grande pompe.

J'ai honte de pleurer la mort d'un seul homme alors que les paysans se font massacrer a quelques kilometres de la où je dormirai cette nuit, et cela en rajoute à mon chagrin: je pleure également sur moi-même et sur ma bassesse. Je pleure la mort d'un artiste, la mort d'un groupe, la mort d'une époque, et surtout je dois bien l'avouer, la mort de mes espoirs secrets. Mais s'il n'y a plus Pink Floyd, qui, dorénavant, me sauvera la vie? Qui me donnera envie d'écouter de la musique? La mort des Pink Floyd (et ça en fait déjà deux), c'est bien plus que la fin d'une époque, bien plus que la mort des plus grands musiciens de la seconde moitie du vingtieme siecle. C'est la mort d'un Art. Les seuls qui se risquent à imiter Pink Floyd se brûlent les ailes de ridicule. Tous les groupes depressifs à la con pour fils de bourges qui se croient suicidaires se réclament de Pink Floyd, mais n'ont rien compris à leur message.

Les Pink Floyds étaient des professionnels, au millimetre près sur scène comme en studio; mais ils se fichaient du professionnalisme, et ont lutté justement contre les règles préétablies, en règle générale. Les Pink Floyds ont écrit parmi les plus belles mélodies de leur époque, mais ce n'est qu'une toute petite facette de leur extrême talent. Les Pink Floyds ont écrit des textes somptueux, et d'une force à vous donner des frissons dans l'échine, mais tout cela serait insignifiant (par rapport à ce qu'ils ont été, mais déjà si grand par rapport aux restes) en dehors de leur tout. Leur tout, c'est la création simultanée et indissociable du fond et de la forme de leurs oeuvres, des textes et des accords. Et rien n'est laissé au hasard. Ce sont tous ces éléments réunis qui font des Pink Floyds Les Génies de la musique: leur personnalité. Personne depuis eux n'a jamais atteint ce degré d'inépendance. Les Pink Floyds sont uniques, totalement uniques. On avait déjà vanté, dans tous les canards d'actu rock, leur inclassabilité, mais enfin on aura léché les bottes deux numéros plus tard, d'un groupe de suiveurs merdiques comme radiohead qui ne mérite même pas de majuscule. Pink Floyd est à radiohead ce que le foie gras est au pâté en croûte leader price. La personnalité. Le message de Pink Floyd réside, bien plus que dans leurs mots ou dans leurs accords, dans leur unicité. Je ne peux m'empecher de songer à Gide, quand j'écoute Echoes. Pink Floyd a su suivre le conseil final des nourritures terrestres: "Nathanael, jette mon livre"!

"Ce qu'un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu'un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, - aussi bien écrit que toi, ne l'écris pas. Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens qui n'est nulle part ailleurs qu'en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah! le plus irremplaçable des êtres."

Oui, ça faisait plus de dix ans qu'ils n'avaient rien fait. Alors déjà en 1995 on aurait dû se demander ce qu'on allait devenir? Non. La fin de Pink Floyd a pris chair aujourd'hui, dans le dernier battement de coeur de Rick Wright. Je ne l'aurais pas aussi mal vécu si Waters avait passé l'arme à gauche. Pour moi c'était le con du groupe. Celui qui avait tout foutu en l'air, peu importent les splendides morceaux de basse qu'il a pu pondre. Waters, c'est le Mc Cartney des Floyds. Le fouteur de merde. Le mec qui a cru pouvoir exister en dehors du groupe mythique, et qui a voulu prouver que le groupe n'était rien sans lui. Peine perdue. Le groupe est moins bon sans lui. Vingt cinq pourcent. Mais il n'est certainement pas rien. Et le groupe serait vingt cinq pourcent moins bon sans Mason, vingt cinq pourcent moins bon sans Gilmour, vingt cinq pourcent moins bon sans Wright. Mais si l'un des quatre meurt, alors le groupe n'est pas vingt cinq pourcent moins bon. Le groupe n'est plus, un point c'est tout. Et ne sera plus jamais. Enlever Rick Wright à Pink Floyd, c'est priver Van Gogh de sa peinture jaune.

Rick Wright, la sensibilité faite homme, le génie à visage humain, a décidé qu'il en avait eu assez. Le gentil petit monsieur du coin de la scène, avec tous ses claviers, ses clochettes et ses boîtes à musique bizarres a plié proprement ses vêtements et s'est endormi pour la dernière fois. Rick, je pourrais te dire tout ce que toi et ton groupe avez chanté à Syd, tout au long de votre carrière. Notamment, wish you were here. Mais enfin il y a des choses que l'on ne décide pas. Comme vous qui tout le reste de votre carrière avez pleuré l'absence du leader, je pleurerai tout le reste de ma vie l'absence des seuls musiciens capables d'apaiser ma douleur, capables de me faire me sentir moins seule, tout à coup. Avec tous les musiciens de ta trempe qui étaient là haut bien avant toi, j'espère que tu pourras te faire, enfin, un "great gig" dans le ciel. Passe le bonjour à Mozart, je suis sûre que vous serez de très bons amis.  D'ailleurs, comme celle de Mozart, ta musique ne sera jamais l'echo d'un temps lointain. Elle donnera toujours l'impression d'être la plus innovatrice de toutes.

Ta musique, comme celle de Mozart, restera  à jamais gravée dans l'âme du monde.
Par asherette - Publié dans : Asherette musique
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Samedi 9 août 2008
Pardon pour ce long silence. J'avais un peu décidé de laisser tomber ce blog, j'en ai un autre maintenant. Mais il m'est arrivé un truc qui me fait y revenir aujourd'hui, sans la moindre hésitation. Je suis en Argentine et je ne regarde que très rarement la télévision. Alors de temps en temps, je vais voir un peu ce qui se passe dans l'actualité Française. Je tombe sur l'hisoire innomable du petit Valentin. C'est abominable. Mais ça m'a donné envie d'aller voir ce qu'en disait notre cher peuple au jugement péremptoire et à l'amalgame facile. Je suis donc allée sur le forum du Nouvel Obs, et là je tombe sur soixante millions d'enquêteurs, de psychologues, de flics, d'experts (qui connaissent la série du même nom par coeur apparemment) et surtout de juges, d'avocats, de procureurs et de politiciens. Les gauchistes s'insurgent contre la façon dont la droite reprend cette histoire à son avantage et dont les membres du gouvernement condamnent un peu vite, avec force sous-entendus et pronostiques, ce couple de présumés coupables; et les gens de droite se plaignent que les gens de gauche profitent de la moindre occasion pour casser du Sarko. Présumés coupables, comme en Birmanie! Parce qu'il s'agit bien de cela. Sur le forum, il y a même une petite pute qui a osé écrire: "coupables ou pas, ils ont vraiment une tête qui fait peur". Le fameux délit de sale gueule. Elle, à la libération, elle aurait tondu les cheveux des femmes. Et evidemment, ça se crêpe le chignon, à base de peine de mort, d'irresponsabilité des responsables, de Sarkozy or not Sarkozy...

Autant vous dire que chacun en profite pour y aller de sa petite phrase, alors je décide que moi aussi je vais y aller de ma petite phrase. Je découvre bien vite qu'une intervention sur le forum du Nouvel Obs se limite à 1000 caractères. Ca ne laisse guère de place à l'élaboration minutieuse d'un raisonnement, surtout que je le destinais au public du Nouvel Obs, donc il me fallait de la place pour les explcations et les illustrations. Parce que à part quelques intervenants, tout ça ne volait pas haut. Et tout ça se repaissait du corps de Valentin à coups de "C'est scandaleux, Valentin on t'aime" (traduction: je suis plus choqué(e) que les autres, regardez comme je suis quelqu'un de bien) et même de "se gamain j les vu n'être!" (c'est pas une blague, il a vraiment fait cette faute). Je vous laisse imaginer le reste. Me voilà donc devant mon ordi. Je regarde les règles de modération, un texte extrêmement court : "Conditions de modération : Avec la participation croissante des internautes aux réactions aux articles, et le risque inhérent à ce que des propos injurieux ou diffamatoires empêchent un débat serein, Nouvelobs.com a, depuis le 21 juillet 2008, mis en place un système de modération systématique a priori pour tous les participants, inscrits et non-inscrits. Vos contributions seront publiées dans un délai maximum de 20 minutes après envoi, de 9h à 22h 7 jours sur 7."

Bien, ça ne devrait pas poser de problème. Je me lance. Les derniers échanges se posaient des questions de conjugaison. Je décide donc de commencer par ça, très soft, mais vous allez voir très distinctement le moment où mon self control m'échappe:

"Pour le "couple de marginaux" et la conjugaison, il me semble bien que les grammairiens mènent une guerre sans merci, avec dans un camp les adeptes du "sujet réel" (les marginaux, donc pluriel), et dans l'autre les adeptes du "sujet grammatical" (le couple, singulier). Personnellement je vote pour le sujet grammatical, les tournures de type sujet réel sonnent faux à mes oreilles. Tout comme vos indignations, accusations, réfutations, tergiversations, enquetes, contre-enquetes, réorientations politiques... On vous vend du scandaleux et vous tombez dans le panneau, et vous en redemandez. On a peut-être trouvé un monstre, mais dans le fond ce monstre vous l'aimez parce qu'il a le mérite de vous faire passer pour des gens biens, et de vous rappeler à vous mêmes à quel point vous êtes bons. Il fut un temps où "marginal" n'était pas un mot péjoratif, vous vous souvenez, le film? Un coup de baguette magique des médias et hop! Au fait on dit filmer dans son intégralité, pas dans son intégrité."

Ca fait mille caractères.

J'écris donc ensuite, dans une nouvelle fenêtre, en substance:
"Soixante millions d'enquêteurs, de flics, ej juges, d'avocats, ça me rappelle la Coupe du Monde et ses soixante millions de sélectionneurs! Vous déblatérez tous au sujet de ce crime atroce qui dans le fond ne nous regarde pas tant que ça. Et vous savez quoi? Si les medias ont choisi de parler de ce crime (particulièrement atroce) plutôt que de cet autre crime (un peu moins scandaleux, au sens de "presse à scandale", tout meurtre est un scandale, bien sûr), c'est pour vous amuser. Et je pèse mes mots. Pendant que vous écrivez vos opinions sur le forum du Nouvel Obs, vous ne vous plaignez pas du prix de l'essence (par exemple) et vous ne réflichissez pas au monde. Par exmple, en Afrique, plein de petits garçons de onze ans meurent tous les jours, peut-être percés de quarante balles d'une arme vendue par la France, notre beau pays des libertés où le rond point des Champs Elysées a été rebaptisé du nom d'un célèbre marchand d'armes. Mais enfin c'est beaucoup moins grave, étant donné que ces grands industriels font tourner l'économie de notre cher pays."

Re-mille caractères, mais surtout, Nouvel Obs ne publiera jamais ce texte, allez savoir pourquoi. Les autres sont passés dans les mailles du filet, mais celui-là (que je viens d'écrire) devait probablement tenir des "propos injurieux ou diffamatoires" sans que je m'en rende compte... Ce qu'il y a de rigolo, c'est que le texte suivant s'intitule "re-suite", parce que celui-ci s'intitulait "suite". Ca fait moche, sur le forum, une deuxième suite non précédée par la première!

"De plus, ce crime a ceci de très intéressant pour nos gouvernants, qu'il fait peur aux gens. Et comme le savent si bien les grands de ce monde, rien de tel que la peur pour faire faire ce qu'on veut à un peuple (réélire un président extrêmement controversé, par exemple). L'insécurité signe son grand retour sur nos écrans, alors que la mort douteuse sort par la petite porte (Lamine Dieng, tout récemment). Avec Google, les premières pages concernant Valentin sont Le Point, Le Nouvel Obs etc, les premières pages concernant Lamine sont des blogs, et des sites de vidéos. Mais pour lui, point de grands relais médiatiques, point de longues phrases et de grands coeurs qui s'épanchent sur un forum de discussion. Les médias choisissent pour vous vos sujets de conversation. Arrêtez de vous laisser faire. Enfin, ça doit se frotter les mains là haut, à vous voir vous crêper le chignon comme ça. Pour les puissants, c'est le jackpot. "Diviser pour mieux régner", ça ne vous rappelle rien?"

... Et fin:

"Ils vous font croire que vous donnez votre avis, mais vous ne donnez que l'avis qu'ils vous ont poussé à avoir, des avis qu'on a le droit d'avoir. Pas étonnant, d'ailleurs, que Badinter soit aussi présent sur ce forum. Depuis un an, il n'y a plus de honte à être de droite (même mes chers médias parlaient de "droite décomplexée"!) et depuis le 28 juillet, il n'y a plus de honte à vouloir le rétablissement de la peine de mort? Faites bien attention. Tout ça va très vite. On reflechissait avec des concepts, des notions, des idées, un cheminement intellectuel. On reflechit avec des images, des phrases choc, des préjugés. Pire: ce que vous croyez être un raisonnement a été tracé d'avance, exprès pour vous, le sur mesure des gauchistes, le sur mesure des centristes, le sur mesure des droitiers, tous, nous avons tous à disposition une reflexion sur mesure. Il ne tient qu'à nous de ne pas l'acheter (jetez vos télés, magazines, radios), parce qu'elle coûte cher. Elle nous coûtera notre liberté."

Tout ça est publié depuis neuf heures du mat, et personne n'a encore rebondi sur le sujet, alors que tout le monde était si loquace jusqu'alors. Je m'attendais pourtant à une salve de "woh fils de pute! j'aimerais bien que ça t'arrive à toi que ton fils se fasse massacrer par un marginal (ndlr. marginal: mot qui a définitivement changé de sens, au profit de mec bizarre, avec une sale gueule, tueur d'enfants), ankulait de ta mer!" Mais pour l'instant rien. Soit personne n'a compris, soit personne n'a lu, soit tout le monde s'en fout, parce que dans mes textes point de pronostics et de gentils messages de soutien à la famille de la victime. Bah. Tant mieux, au moins tout ça vient d'atterir sur une adresse web qui fait quand même vachement plus d'entrées que mon blog.

Bon allez, à bientôt!


- Publié dans : Asherette publique
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Vendredi 26 janvier 2007
C'est fou comme un jour on prend conscience que les gens qu'on aime mourront. En général tout ceci est amené par la mort d'un proche. Bien sûr, il ne s'agit pas de la mort de l'arrière grand-mère: celle-ci a toute son importance car c'est la première, mais on était prévenus depuis longtemps; ni de celle de la grand-tante, qui ne nous reconnaissait plus depuis bien longtemps et qui n'était, à le fin, même plus celle que nous avions connue. Un jour, simplement, quelqu'un que l'on aime meurt sans vous avoir prévenu, sans crier gare, ayant porté la veille, même la minute précédente, sur son visage la plus nette envie de vivre. Il avait souri, il avait ri aux éclats de son rire sonore et sincère. Et là c'est fini. Vous ne reconnaissez pas votre père parce qu'il vient de vieillir de dix ans et parce que d'un seul coup il se met à vous parler pour de vrai; votre famille devient un bloc, et pas pour longtemps, mais tout de même un bloc de chagrin. On se serre les coudes, on s'aime et finalement on s'est toujours aimé. Et nous mourrons tous. Sauf qu'à ce moment-là commence notre course funèbre vers la mort. On s'en tape un peu d'être le premier, encore qu'on ne veut pas faire de mal aux autres, mais on est un peu lâche et on ne veut surtout pas être le dernier à rester.

Finalement, le calcul est facile, vues les probas, la génération la plus ancienne en premier, avant celle de nos parents, et celle-là même avant la notre, donc nous et nos frères et soeurs. Bon. Tout ceci n'est pas réjouissant, mais il y a bien pire. Il y a par exemple le moment où on se prend soi-même à prononcer les mots "maman" et "papa" en se disant à raison qu'un jour on cessera d'appeler des gens ainsi, voire, de prononcer les mots en eux-mêmes. Pourtant, quoi de plus doux et sécurisant que ces deux mots-là? Oui mais la vie est une pute, qui vous montrera ceux que vous aimez sur un lit de mort avant de vous y coucher, rieuse, à votre tour. La bonne blague. Sachez juste ce fait indubitable, parents infâmes et visiblement pressés de nous infliger cette ultime plaisanterie: on échangerait volontiers, nous grands enfants, n'importe quelle fortune, n'importe quelle réputation, n'importe quelle maison, n'importe quel legs somme toute, contre quelques instants de vie à vous sur notre terre. Parce que vous mêmes qui avez perdu votre ou vos parents, vous êtes très bien placés pour savoir que quand on aime, l'héritage - quel qu'il soit - est un cadeau qui nous révulse.



A bon entendeur salut.
Par Aude Sécheret - Publié dans : Asherette perso
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Jeudi 2 novembre 2006
"Quelle idée", me direz-vous!

Eh bien non, je n'ai pas ce talent, l'idée n'est pas moi. Il ne s'agit pas non plus du nouveau nom que prendra la colonne de droite du Parisien ou d'un autre torche-cul du genre pour remplacer "en bref", ou justement, nous allions y venir "chiens écrasés"

(à lire comme Julien Lepers, très vite) Top! Espèce terrienne en voie d'extinction par mes propres conneries environnementales et guerrières, j'adore avoir du pouvoir, le montrer et m'en servir, juste pour que ça se sache. Par exemple, j'aime bien m'attaquer aux plus faibles, voler les sacs des grands-mères, battre ma femme, trucider des chiens, brûler des forêts parce qu'il paraît que ça rapporte et que j'aime bien la thune. Dans ma communauté il y en a qui ne sont pas comme moi, qui ont une certaine bonté, et justement par nature ceux-là sont certains de n'arriver à rien. Je ritualise tout ce qui peut me rapprocher du bassement naturel: je mange de la viande déjà tuée par des machines, et avec des couverts pour ne pas me salir les doigts, et je fais caca dans un endroit discret et étanche. Le trait de caractère qui me caractérise sans doute le mieux est ma facilité à torturer mon prochain, et surtoout l'imagination que je suis capable d'y apporter, je suis, je suis...

L'HUMAIN! Mais qu'est-ce qu'il lui prend?

Je l'annonce maintenant au cas où vous n'auriez pas le courage de lire ce texte en entier: une marche silencieuse et pacifique est organisée à Pont l'Eveque (Clavados, Basse Normandie) ce dimanche, le 5 novembre 2006, rendez-vous place du marché à 11h. Si vous en avez le courage, lisez, et surtout venez.

Tout ceci est encore très décousu, mais vous avez l'habitude. Voici ce qui est arrivé à Monsieur K le samedi 14 Octobre 2006. Il faisait ses courses à Pont l'Eveque accompagné de sa petite Jack Russel de six mois. Je vous passe l'imagerie du style "Pooungkie (car c'était son nom) était adorée de tous les commerçants, et le boucher du coin ne manquait jamais de lui refiler un bout de barbaque", vu que de toute façon les chiens sont interdits à peu près partout, alors que vous savez aussi bien que moi qu'il y a des hommes bien plus déguelasses que nos chers toutous... Et soit dit en passant, je préfère de loin l'odeur de ma chienne à celle de certains voisins grabataires, et puis elle a sans doute les papates plus propres que les mains de tous ceux qui oublient sottement de se les laver. Bref, Poougnkie était peut-être en train d'attendre son maître devant la boucherie quand elle a fugué, ou bien qu'elle a été attirée par un être malveillant. Quand son maître l'a retrouvée, elle était morte, ayant subi les pires sévices, dont, parmi d'autres, celui mentionné dans le titre... si si je vous jure! Oui, empalée... Absoloument, par le... Voilà. (Plus: crâne fracassé, yeux, oreilles, papates mutilés etc) J'ai eu la malchance de lire le rapport d'autopsie.

Je n'ai pas de commentaire à faire, d'ailleurs, il n'y a pas de commentaire à faire. Pour la première fois sur ce blog, j'interdis les commentaires sur ce texte. Pour plein de raisons.

D'abord, je vois déjà tous ceux qui viendront crier haut et fort que ce n'est qu'un chien que ce genre de chose arrive à des "vrais gens". Oui, ce genre de chose arrive aussi à des êtres humains, et si j'avais eu vent d'un tel événement d'en mon entourage, je n'aurais pas manqué d'en faire part sur ce blog, avec toute la violence dont je suis capable. Toujours est-il qu'une vie s'est éteinte dans l'horreur; sous prétexte qu'il s'agit d'un chien, on n'aurait pas le droit d'en faire mention et de se déclarer révolté? Parce qu'un chien ne ressent pas la douleur? Et qui somme nous, nous pauvres humains de merde, pauvres dégénérés dépressifs, pour juger que telle ou telle vie est plus importante qu'une autre? Qu'il y a des degrés de gravité dans la mort par la torture? Parce que s'il y a un domaine dans lequel l'homme excelle, c'est bien la torture. En cela, aucune autre espèce ne lui arrive à la cheville. Et sans doute pas l'espèce canine.

Je dois vous confier que j'avais hésité à vous raconter l'histoire dans ses moindres détails, sans toutefois préciser que l'être qui attendait Monsieur K. à la sortie de la boucherie était un chien. Le but était là de donner l'impression qu'il s'agissait de sa fille. Parce que même si on n'a pas enfanté ces petites bêtes, on les aime très fort. J'ai changé d'avis parce que ceux qui ont perdu un enfant ou un proche dans des conditions atroces pouvaient en être choqués, et c'est un sentiment que je comprends, (d'ailleurs quoi que vous pensiez de mon avis, gardez bien à l'esprit que ce ne sont pas mes mots qui sont choquants, mais l'évènement lui-même) mais aussi, et c'est là qu'est le vice, parce que je ne voulais pas que le lecteur se dise "ah ouf! il ne s'agit que d'un chien!" à la fin de l'histoire. J'en viens par là même à l'objet de ce texte. Je l'ai écrit pour que justement, personne ne se permette de relativiser quoi que ce soit. Ni la souffrance du chien, ni la souffrance, ni l'incrédulité du maître, ni le choc causé à l'entourage, ni et surtout pas la cruauté du ou des moins-que-rien qui a/ont fait tout ça. Oui, il s'agissait d'un bébé chien, sans défense. Un bébé chien drôle, joueur, et insouciant. Quand j'ai vent de tels actes, je n'ai pas seulement peur pour ma chienne, j'ai aussi peur pour mes neveux et nièces, et pour mes futurs enfants (encore une fois pour ceux qui y mettraient vraiment de la mauvaise volonté: je ne compare pas des enfants à des chiens, je remarque simplement qu'un bébé n'a pas plus de défenses qu'un chiot).

Cette histoire est ausi celle de la cruauté humaine. D'où cette marche silencieuse: il s'agira de contrer par le silence la cruauté dont nous sommes capables, nous les humains. Il s'agira de faire e deuil d'une vie naïve et pure arrachée au monde par la bêtise humaine. Il s'agira d'être aux côtés de Monsieur K., voire de lui présenter nos excuses. Parce que nous devrions tous avoir honte de cet acte de cruauté. Il me semble que c'est Sanseverino qui dit que s'il croisait un martien, il aurait honte de lui dire qu'il est un être humain. Moi j'en ai déjà honte quand je vois la confiance naïve, le total dévouement, l'amour sans borne et désintéressé que me renvoient les grands yeux noirs de ma chienne.
Par Asherette - Publié dans : Asherette publique
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Jeudi 28 septembre 2006
Théoriquement, je hais les voyageurs. Je vais m'amuser à décrire quelques clichés du voyageur détestable. Il y a celle qui part au Sri Lanka et qui trouve ça génial parce que les enfants courent, joyeux, autour de toi parce que tu es une touriste et que par conséquent, tu leur amènes de l'argent... depuis quand c'est bandant d'être aimé pour son fric? Il y a ceux qui répugnent à "faire les touristes", à acheter des trucs dans les boutiques de souvenirs, et qui détestent par-dessus tout croiser dans leur périple des gens de leur propre pays (voir ce qu'en dit Michel Houellebecq dans "Lanzarote", aux editions Librio). Il y a ceux qui ont, justement des idées très précises sur le voyage. Par exemple, un voyage ne doit pas être organisé, un voyage ouvre (systématiquement) l'esprit, voire, plus un voyage se passe dans des conditions déplorables (tourista etc), mieux c'est. Il y a ceux qui te montrent leurs onze paquets de trente-six photos, en s'imaginant que ça t'intéresse vachement. Il y a ceux qui considèrent que le voyage t'apprend l'altruisme et autres hypocrisies du même acabit alors qu'il n'iraient pas filer un coup de main à leur vieille voisine de palier quand elle va faire ses courses au supermarché. Il y a ceux qui disent que c'est fou, tous les Africains sont gentils, sans s'apercevoir un instant qu'ils sont là à la limite du propos raciste (parce qu'il y a généralisation... tout le monde sait qu'il y a des cons partout!). Il y a ceux qui ont la collectionnite aigüe du voyage (par exemple, il s'achètent un écusson de chaque pays où ils ont foutu les pieds pour le coudre sur leur Quechua 60 litres, désolée Catherine) et qui par conséquent ne vont jamais deux fois au même endroit. A L'inverse il y a ceux qui retournent toujours au même endroit parce que justement ils peuvent, une fois là bas, se la péter parce qu'ils "connaissent bien le coin". Il y a ceux qui racontent tous les détails, jusqu'à la déco de la chambre d'hôtel. A l'inverse, il y a ceux qui ont l'air blasé. Il y a ceux qui pendant le voyage, t'en foutent plein la vue en te racontant leurs voyages précédents "tu sais à Lima, le taxi, c'était encore pire!". Il y a ceux qui te demandent où tu es, toi, parti dans le monde, et ceux-là je les soupçonne de vouloir se mesurer à toi, surtout ceux qui te disent: "ah bon? C'est tout?", puis qui te prennent de haut en te disant que "vraiment tu devrais aller à Prague" (ce qui signifie deux choses: "je connais super bien Prague, tu vois..." et pire que tout "je te connais, tu sais..."). Il y a ceux qui décident carrément d'aller vivre à l'étranger.

Ceci étant dit, mon grand souci à ce sujet est que j'ai des amis voyageurs. Mon ami L. D. s'en va vivre à Madrid a priori pour une durée de trois ans avec sa copine. "Mais je pense, me dit-il, qu'au final on ira s'installer à Londres. Pour nous c'est un rêve, c'est là bas qu'est notre coeur." Et tes amis ils sont où, crétin? Tu vois pas qu'on est triste? Non, je ne serai pas hypocrite au point de faire comme si je me réjouissais pour toi! Et puis ça sent le boost de carrière à plein nez... F. se barre en Bolivie, certes pour de très justes raisons. Mais la Bolivie c'est un peu loin. Et surtout, mon frère s'est pris d'une envie soudaine d'aller éventuellement le rejoindre d'ici quelque temps. Ecoute-moi bien coco: tu te barres si tu veux, mais tu me laisses mon frère, merde! J'ai déjà une soeur à l'autre bout du monde (c'est loin les Côtes d'Armor) alors faut pas déconner! Faudrait arrêter un p'tit peu d'me faire chier! Et ça c'est sans compter les joies de l'éducation nationale, qui me vole deux copines, toutes deux mutées dans ces horribles régions minières du lointain Orient (français). P., l'une de ces deux-là, squattait le Royaume Uni depuis deux ans pour y enseigner la langue de Voltaire, et là-bas, cette jolie petite brune s'est trouvé un Max (la bonne blague!) Allemand (en plus!). Ze protoaype ov zi youropiianne, la meuf! Saleté de voyageuse! Pa. est partie s'installer en Argentine où elle a monté un café grâce auquel elle se fait des couilles en or...

Peut-être que tout ça n'est qu'une histoire de carrière professionnelle, de thune, parce que c'est vrai qu'en France on ne peut plus faire grand chose. Remarque de ce point de vue ça se comprend: si les Français sont les premiers à descendre dans la rue quand on veut les mettre au boulot, ils ne mouftent pas quand on leur dit que leur fiesta s'arrêtera à deux heures du mat', ni quand on leur interdit de fumer partout où c'est possible, et même partout où c'est impossible. Autrement dit ils sont prêts à céder leurs libertés les plus basiques tant qu'on ne les oblige pas à se retrousser les manches pour botter un peu le cul de l'économie. En dehors de ça, les voyageurs semblent choisir la solution de facilité en s'expatriant, quitte à laisser derrière eux une ribambelle d'amis dégoûtés.

Vive la République. Vive la France. Et adieu les copains.
Par Asherette - Publié dans : Asherette publique
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